Europe : constitution robuste ou impuissance constituée ?

 octobre 2003
par  Bernard Dréano
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Avec son élargissement vers l’Est et son projet de constitution, l’Union Européenne aborde une nouvelle phase de son histoire. La manière dont cette étape sera franchie sera lourde de conséquences, non seulement pour les Européens, mais aussi pour le reste du monde. La politique néo-libérale demeure, pourtant elle fait l’objet dans plusieurs pays de fortes contestations sociales. La crise irakienne a révélé l’ampleur des divergences entre gouvernements européens et des fractures entre certains de ces gouvernements et leurs peuples. Ces peuples sortiront-ils de cette phase de leur histoire en ayant renouvelé, élargi et renforcé le contrat qui les lie ? L’Union Européenne aura-t-elle une proposition à faire au monde ? Ou bien ne constituera-t-elle qu’une province privilégiée et passive de l’Empire global ?

Les manifestants qui ont déferlé dans toutes les grandes villes d’Europe occidentale (et quelques villes d’Europe orientale) pour défendre la paix ou les acquis de la protection sociale aspirent à l’ouverture d’autres itinéraires. Mais ces mouvements sociaux ont du mal à proposer des alternatives à la hauteur des enjeux [1].

Nul besoin de mépriser les "petits" s’il s’agit de définir une politique européenne

L’Union européenne constitue, de loin, la première entité économique mondiale. C’est un fait qui lui donne une capacité à peser, notamment par rapport à la puissance américaine. Mais le passé impérial des grandes puissances d’Europe laisse encore un souvenir si cuisant pour la plupart des peuples du monde, et pour les Européens eux-mêmes, que nul ne souhaite vraiment l’imperium européen sous prétexte d’affronter l’hégémonie des Etats-Unis. Pourtant nombreux sont ceux qui aspirent à un autre rôle pour l’Europe, un rôle qui contribue à l’équilibre et à l’avenir du monde.

Bien entendu, les gouvernants des anciennes grandes puissances européennes, et d’abord les chefs de file, le Royaume-Uni et la France, ne peuvent concevoir d’abandonner tous les attributs de leurs prestiges passés sans avoir l’impression de sombrer dans la décadence.

Tony Blair, dans la continuité de la politique britannique de l’après-guerre, le fait en s’alignant sur les Etats-Unis : on l’a vu s’agiter en ce sens lors de la guerre afghane, puis tenter d’être le meilleur vendeur de l’attaque anglo-américaine en Irak. Accessoirement cette posture lui donne l’impression de tenir son rang.

Jacques Chirac, qui avait conservé un peu de gaullisme dans quelques discours ou attitudes entre les rues de Jérusalem et Johannesburg, a joué sur l’Irak un rôle plutôt positif, mais il s’agissait plus d’une démarcation politique verbale que d’une véritable autonomie stratégique, dont la France n’a guère les moyens. L’alliance actuelle entre Chirac et Schröder contre la guerre n’est plus basée sur la géopolitique de l’époque de la guerre froide, mais pas encore sur une plate-forme politique consistante et ouverte à d’autres, pouvant devenir une plate-forme européenne.

Pour être ouverte, une telle plate-forme ne doit pas, consciemment ou inconsciemment, être perçue par les petits pays d’Europe comme une expression d’arrogance dominatrice. Le dédain affiché des "grands" européens contre les supposés "petits", à commencer par Chirac lors du sommet européen de Nice en 2001, puis de nouveau par le même à propos de leur alignement atlantiste, a pu être ressenti comme tel. D’ailleurs, nul besoin de mépriser les "petits" s’il s’agit de définir une politique européenne. D’une part, il est évident que la "fracture européenne" à propos de la guerre de Bush se situe d’abord entre les gouvernements des "grands" (Blair-Aznar-Berlusconi contre Schröder-Chirac). D’autre part, la Belgique, wallonne et flamande, alors libéralo-écolo-socialiste [2], comme la Grèce malgré la prudence obligée que lui imposait son statut de président de l’UE pendant la crise irakienne, ont su faire preuve de plus de courage et de plus de sens de l’Europe, sur les dossiers principaux, que bien des politiciens des "grandes nations" !

Le projet de traité constitutionnel présenté par Valéry Giscard d’Estaing ne répond pas non plus, de ce point de vue, au défi révélé par la crise irakienne : constance de l’orientation néo-libérale, inconstance dans l’affirmation face aux Etats-Unis, se retrouvent hélas dans ce projet en principe finalisé lors de la conférence intergouvernementale de Rome fin 2003. En matière de politique étrangère (théoriquement instituée dès le traité de Maastricht), le projet stipule que les dispositions de sécurité et de la défense commune sont mises en œuvre chaque fois que le Conseil européen, "en aura décidé" (à l’unanimité), en respectant "les obligations découlant du traité de l’Atlantique Nord pour certains États membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l’OTAN". Le projet de traité constitutionnel bricole un grand écart entre la thèse française selon laquelle la sécurité du monde ne doit pas reposer sur la volonté de la seule puissance américaine et la thèse britannique qui est l’exact opposé.

La question des "frontières de l’Union" est source de confusions, souvent volontairement entretenues

Le tropisme vers l’OTAN des petits pays (et pas seulement de ceux d’Europe Centrale) est enraciné dans un inconscient profond qui fait souvent préférer le lointain maître américain aux emmerdeurs orgueilleux de Londres, Paris et demain peut-être à nouveau Berlin. Abandonner ce jeu de rôle est une condition impérative pour définir une politique européenne autonome, répondre aux aspirations des peuples d’Europe centrale et faire sortir leurs gouvernants de leur attitude servile vis-à-vis de Washington [3].

Chacun déplore le manque de volonté unitaire et d’audace européenne, mais beaucoup s’en accommodent. Cette attitude est perceptible jusque dans les mouvements qui se sont dressés contre la guerre américaine en Irak. On pouvait y discerner à la fois une volonté d’engagement vers une plus grande responsabilité européenne et une volonté de désengagement vers une neutralité frileuse. Cette dernière attitude peut d’ailleurs favoriser objectivement l’hégémonie américaine peut-être plus encore que l’Atlantisme déclaré.

La question des "frontières de l’Union" est source de confusions, souvent volontairement entretenues. Nul ne semble avoir remarqué que ces frontières, après l’actuel élargissement, correspondront à une Europe "ethno-culturelle" catholique-protestante-ashkenaze avec la Grèce et Chypre en plus, la Croatie en moins, c’est-à-dire écartant (provisoirement ?) ses composantes orthodoxes-sépharades, et (moins provisoirement ?) musulmanes ! Une manière de donner raison aux théories de chocs des civilisations de Huntington ? Dans un tel contexte, la question de l’adhésion de la Turquie est le symptôme d’un problème d’identité européenne. La question du rapport à l’Union se pose aussi pour les pays au "purgatoire" européen. Ion Iliescu, l’ancien apparatchik communiste, président de la Roumanie et Simeon Koburgovski [4], l’ancien roi, Premier ministre de Bulgarie, se sont affirmés comme les plus fidèles alliés de Washington dans la crise irakienne : est-ce vraiment étonnant pour deux pays envers lesquels l’Union semble marquer plus de distance que de volonté de coopération ? Le message envoyé par les gouvernements de l’Union aux peuples "non-communautaires" des Balkans est loin d’être accueillant. Les Européens avaient pourtant défini, en 1999, une autre approche, en signant, avec tous les Etats de la région, le Pacte de stabilité de l’Europe du Sud Est [5], condition élémentaire d’un avenir équilibré des Balkans dans l’Europe. On ne peut pas non plus faire comme si les pays de l’ex-URSS étaient, en dehors des Baltes, hors du champ de vision de l’Europe. Quelles relations de l’Europe intégrée avec ce voisinage européen là ? Quelle association ?

Mais comment concevoir une association sérieuse avec voisins de l’Est quand on voit le traitement que l’Union fait subir à son propre projet stratégique d’association avec les voisins du Sud ? Le texte de l’accord euro-méditerranéen de coopération (Euromed), conclu en 1995 à Barcelone, se présentait comme un "Helsinki du Sud" [6], une dynamique prometteuse de coopération et de sécurité commune entre les deux rives de la Méditerranée. En pratique cet accord a été proprement saboté, sabotage qui est l’œuvre des gouvernements arabes de la rive Sud tout autant que des gouvernements européens de la rive Nord et qui atteint son sommet dans le cas d’Israël (non seulement avec le fait que les Israéliens, comme d’autres, bafouent l’article 2 de l’accord d’association concernant les droits de l’homme, mais aussi par la destruction aussi cynique que systématique de leur part de toutes les infrastructures civiles financées par l’Union en Palestine !).

L’intégration européenne suscite pourtant des espérances bien au-delà des pays voisins de l’Ouest européen. A tort ou à raison, beaucoup y voient le contrepoids possible à la domination politico-militaire des États-Unis et à l’hégémonie du néo-libéralisme. Pour les plus pauvres, les accords de Lomé qui liaient l’Union Européenne à des pays ACP (Afrique Caraïbe Pacifique), semblaient une promesse en ce sens, malgré les aspects franchement néo-coloniaux d’accords largement dictés par la France. L’évolution des négociations de Lomé puis les accords de Cotonou, qui leur font suite, n’ont, pour l’essentiel hélas, fait que confirmer une tendance à l’alignement sur les diktats mondiaux du néo-libéralisme. L’Europe motrice d’une coopération équitable, point d’appui des pauvres, n’existe actuellement que dans les rêves…

On perçoit parfois quelques bribes de velléités - combien timides ! - de ce qui pourrait constituer une vraie politique européenne mondiale telle que la préconise par exemple Samir Amin quand il appelle "les européens - ou certains d’entre eux" à redéfinir "un projet de front anti-hégémoniste" [7]. Sur des questions essentielles comme l’environnement (Kyoto), le droit international (Cour pénale internationale), la santé publique (SIDA), des alliances s’esquissent parfois avec des continents ou de grands États (Brésil, Afrique du Sud.). L’Inde et la Chine, également, pourraient constituer, demain peut-être, des partenaires stratégiques dans la logique de rééquilibrage du monde. A partir de là, il s’agirait d’aller plus loin et de donner un sens et de fournir des réponses concrètes aux questions : de sécurité collective, de construction d’un ordre public international défini politiquement, de relance d’un processus réel de désarmement, d’affirmation des logiques de négociations et médiations face aux logiques de forces, d’avènement d’un modèle de développement soutenable qualitativement fondé… Nous en sommes encore loin du côté des gouvernements d’Europe. Mais peut-être pas si loin du côté des citoyens, si l’on en juge par les progrès rapides du mouvement altermondialiste.

La mobilisation anti-guerre, imposante dans la majorité des pays d’Europe, n’a pas (encore ?) produit de véritable avancée sur les questions de paix et de sécurité

L’une des caractéristiques les plus importantes de cette période est la réapparition dans plusieurs pays d’un niveau important de mobilisation politique et sociale. Cela a pris la forme de mouvements sociaux de résistance aux politiques néo-libérales, avec des grèves et manifestations assez fortes ou très fortes en France, en Italie, en Espagne, en Autriche, en Belgique, en Allemagne, en Grèce, etc. Cela a pris la forme de contestation politique avec le puissant mouvement contre la guerre en Irak, en particulier dans les pays dont les gouvernements étaient favorables à la politique américaine, en particulier en Grande-Bretagne, en Espagne, en Italie, et dans une moindre mesure au Danemark, en Hongrie, aux Pays-Bas… Le mouvement étant par ailleurs tout à fait considérable aussi dans les pays non alignés sur Bush, France, Belgique, Grèce, Turquie, etc. Et en Allemagne, la coalition rouge-verte n’a dû son salut électoral qu’à sa position critique vis-à-vis de Washington. Enfin, la mobilisation altermondialiste n’a fait que s’étendre avec les succès des manifestations anti-guerres, des mobilisations anti-G8 de Gènes (2001) et d’Annemasse-Genève (2003), le Forum Social Européen de Florence (2002), les contre-sommets européens de Goteborg (2001), Nice (2001) ou Thessalonique (2003), le rassemblement du Larzac en France avant Cancun (août 2003), le Forum Social de Paris/Saint-Denis (novembre 2003) et les multiples forums locaux de Budapest à Londres, en passant par Lisbonne.

La mobilisation des mouvements sociaux en Europe n’est pas encore tout à fait une mobilisation européenne, mais elle peut le devenir. Dans leur approche de l’Europe, les mouvements sont hétérogènes, cependant cette hétérogénéité recoupe divers types de différences. Les idiomatismes propres à chaque culture politique et à chaque histoire imprègnent les mouvements. Par exemple les "neutralismes" de certains membres de l’Union, irlandais, finlandais, suédois ou autrichiens, ont des origines historiques différentes, les comportements "neutralistes" d’une partie de la gauche de ces pays s’enracinent dans une culture politique profonde. En même temps, ils ne sont plus pertinents depuis la fin de la guerre froide et procèdent souvent de l’impuissance ou de l’hypocrisie (en quoi l’Autriche est-elle "neutre" aujourd’hui ?). L’européanisme dominant, dans les opinions publiques comme dans les classes politiques, des six pays du noyau initial de l’Union recouvre d’énormes contradictions sur la vision du futur de l’Europe (par exemple entre forces politiques italiennes). L’Atlantisme historique n’est pas naturel seulement chez les Anglais mais aussi chez les Néerlandais (ou les Polonais), etc.

La mobilisation anti-guerre, imposante dans la majorité des pays d’Europe, n’a pas (encore ?) produit de véritable avancée sur les questions de paix et de sécurité.

Pour cela, il serait nécessaire que les mouvements de paix européens ne se contentent pas de critiquer les Etats-Unis, mais réfléchissent aussi leur propre histoire récente, les expériences, très significatives dans quelques pays, de mobilisations contre les guerres de purification ethnique en Ex-Yougoslavie et de lutte pour une paix juste et durable au Proche-Orient, les difficultés rencontrées pour faire face à certains conflits internes (Irlande, Pays Basque, et à une moindre échelle évidemment la Corse...) ou voisins (Algérie, Tchétchénie, Afrique occidentale par exemple...).

Néanmoins se dessine une manière d’agir en Europe, par coagulation successive et progressive de forces autour de thématiques et d’actions communes, de construire l’Europe "par en bas", en travaillant à formuler progressivement des éléments constitutifs d’une plate-forme de mobilisation et de propositions, ensemble qui devrait inspirer - voire subvertir - les processus européens "par en haut" aujourd’hui englués dans la paralysie et les faux-semblants intergouvernementaux.

Renouveler l’expérience politique européenne en l’inscrivant désormais dans un projet de transformation des relations internationales

A quelles conditions les peuples d’Europe peuvent-ils, dans une construction commune originale, répondre au défi de notre époque ? Retenir le meilleur de leur tradition démocratique et rejeter le pire de leur héritage impérialiste. Conjuguer les mobilisations sociales internes en un mouvement citoyen européen qui parle au monde ? Certaines esquisses d’une telle voie se dessinent. Certaines hypothèses politiques sont avancées, nous avons évoqué, entre autres, celle de Samir Amin… Etienne Balibar pour sa part évoque une piste originale qui nous semble avoir toute sa place au terme de ce survol de la situation et du débat européen : "l’expérience de l’extermination conduit l’Europe à se percevoir comme détentrice des principes du droit international, alors que bien souvent elle ne l’applique pas elle-même". Cette expérience, ajoute-t-il, peut servir au monde si l’on inscrit "l’expérience politique européenne (…) dans un projet de transformation des relations internationales qui, tout en s’appuyant sur des forces (économiques, culturelles et intellectuelles, sociales et institutionnelles), les unes "intérieures" et les autres "extérieures" à l’espace européen, ne relève pas de la politique de puissance. Un tel projet ne consiste pas tant à faire émerger une nouvelle puissance (voire une nouvelle "superpuissance"), qu’à faire entrer en jeu un nouveau régime de puissance, dont personne, pas même ceux que l’histoire met en position de travailler le plus efficacement à son développement, ne peut être considéré comme le porteur ou le propriétaire exclusif" [8].

Est-ce possible ? Ou bien la crise actuelle sonne-t-elle le glas d’une certaine conception de l’intégration politique de l’Europe, ne laissant de place qu’à la dispersion des politiques nationales affaiblies ? Une telle régression, loin de permettre d’établir de nouvelles lignes de contre-offensive, ne ferait que renforcer l’hégémonie des Etats-Unis dans le monde, et le cours néo-libéral antisocial en Europe. Cette issue n’est pas fatale, d’autant que la conscience des responsabilités de l’Europe progresse face à la fuite en avant des faucons américains.


[1Le présent texte reprend toutefois quelques-unes des problématiques sur lesquelles certains de ces mouvements travaillent, notamment le travail du réseau Initiative pour un autre monde (IPAM) avec le CEDETIM, en particulier le texte Au-delà de l’orage, construire l’Europe que nous voulons, ou comment disposer quelques pierres pour passer le gué, le travail de la commission Europe d’ATTAC France, en particulier l’analyse d’Alain Lecourieux sur le projet de traité constitutionnel, ainsi que les travaux de divers groupes de réflexions européens et des séminaires et ateliers des Forums Sociaux Européens.

[2Depuis les dernières élections et leur défaite, les écolos ont quitté le gouvernement.

[3La fameuse "lettre des huit", puis celle des pays ex-soviétiques dite "de Vilnius", d’appui à la volonté belliciste de Bush, proviennent à l’origine d’une demande faite par l’administration américaine auprès de ses "alliés" en Europe, contre les positions anti-guerre mises en avant alors par le trio Belgique, Allemagne, France.

[4Simeon de Saxe-Cobourg héritier à l’âge de deux ans en 1945 de la dynastie imposé par les grandes puissances à la Bulgarie lors de son indépendance en 1878, éphémère roi de Bulgarie ; son nom a été "bulgarisé" en Koburgovski.

[5La "Yougoslavie" (RFY) n’en était évidemment pas partie prenante à l’époque, mais le pays (aujourd’hui Serbie-Monténégro) a rejoint le pacte après la chute de Milosevic.

[6En 1975, les accords d’Helsinki, charte de la détente Est-Ouest, avaient été conclus par tous les pays d’Europe (sauf à l’époque l’Albanie), l’URSS, les Etats-Unis et le Canada. Leur originalité était de lier trois corbeilles : la sécurité (militaire), la coopération (économique) et les droits de l’homme. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) est née de ce processus.

[7Samir Amin, Le virus libéral, Le temps des cerises, Paris 2003

[8Etienne Balibar, "Europe. Médiation évanouissante", in L’Europe, l’Amérique, la guerre. Réflexions sur la médiation européenne, La Découverte, 2003. L’auteur répond à l’insistance récente avec laquelle plusieurs voix d’intellectuels américains se sont fait entendre récemment, pour demander à l’Europe d’exercer une action de contrepoids ou de médiation face aux Etats-Unis.