Déclaration d’Auzeville pour les semences paysannes et les droits des paysans

 octobre 2003
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Nous, plus de 350 personnes, dont de nombreux représentants de mouvements et syndicats paysans, d’associations de la culture biologique et bio dynamique, d’ONG de France et de 10 autres pays, réunis à Auzeville, France, aux Premières "Rencontres sur les Semences Paysannes" les 27 et 28 février 2003, déclarons :
La semence est un produit vivant de la nature que les paysans utilisent, multiplient et reproduisent dans leurs champs depuis que l’agriculture existe ; pouvoir la ressemer est un droit inaliénable des paysans qui doit être reconnu et respecté.
La maîtrise paysanne de la semence est source de diversité et d’autonomie. Cela permet d’adapter aux terroirs et aux conditions pédo-climatiques chaque génération de plantes que les paysans sélectionnent. La semence paysanne n’est ni homogène ni stable, elle évolue avec la vie. Sa dynamique la fait mieux correspondre aux besoins d’une agriculture diversifiée et elle offre la qualité de produits que recherche une diversité de consommateurs.
Les graines que le paysan produit dans son champ à partir de variétés anciennes ou d’aujourd’hui, de variétés oubliées ou orphelines, permettent aussi de conserver vivant, « in- situ », un patrimoine génétique et culturel d’une région. La plupart de ces variétés n’ont aucune valeur sur le marché mondial, s’échangent au niveau local et peuvent être une ressource génétique pour renouveler la diversité du patrimoine génétique d’autres terroirs. L’échange de semences paysannes est une nécessité pour maintenir la possibilité de l’évolution des variétés et leur capacité d’adaptation aux conditions spécifiques des fermes et des cultures.
La semence paysanne est menacée lorsque l’agriculture industrielle réduit la diversité et le nombre de paysans et remplace les variétés de pays par des variétés homogènes et stables. L’agriculture industrielle façonne les paysages, l’alimentation, la vie, selon des critères, des normes, des législations que nous ne partageons pas. Elle tente d’imposer des variétés hybrides non reproductibles, bientôt des variétés OGM, et des droits de propriété intellectuelle privée sur la semence, que nous refusons.
Aujourd’hui, le paysan soucieux de la relation entre ce qu’il cultive, l’endroit où il le cultive et les besoins alimentaires et culturels des communautés, poursuit l’amélioration des variétés grâce aux semences paysannes, solution d’avenir incontournable. Elles garantissent une diversité de variétés adaptées à chaque terroir, et cette adaptation permet d’éviter le recours massif aux produits phytosanitaires, aux engrais et à l’irrigation. Elles contribuent à un contrôle des coûts de production, augmentent l’autonomie de la ferme et valorisent le travail paysan. Elles sont donc un gage d’une production alimentaire de bonne qualité à un coût réduit.
Pour les agrobiologistes qui doivent utiliser des semences biologiques, les semences paysannes sont une des solutions pour éviter que la production biologique ne soit condamnée par un nombre trop réduit de variétés à la manière de l’agriculture industrielle.
Quel que soit le travail des obtenteurs, les paysans doivent pouvoir en totale liberté produire et échanger leurs semences. Ce droit est la première condition de l’autonomie alimentaire et donc de l’autonomie des peuples, et les paysans et tous les habitants de la planète doivent travailler ensemble pour faire respecter ce droit.


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