Droite radicale et écologie

Le cas d’Alain de Benoist
mardi 17 mai 2005
par  Bruno Villalba
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Alain de Benoist, intellectuel du Groupement de Recherche et d’Etude pour la Civilisation Européenne, le Grece, chef de file de la Nouvelle droite, a construit un discours critique à l’encontre de la Modernité. À la fin des années 80, il fait de la question écologique un point central dans le renouvellement d’une pensée radicale de droite. Au point qu’il se présente avant tout comme écologiste. Certes, sa pensée est mouvante, basée sur une logique de l’opposition et de la critique, mobilisant l’anti-libéralisme puis l’anti-individualisme, sans oublier le tiers-mondisme, alors pourquoi pas l’écologie ? Delphine Pouchain qualifie cette évolution d’appropriation stratégique, qui vise à normaliser son évolution idéologique et, surtout, légitimer les thèses de la droite radicale, en les associant à des thématiques plus légitimes ; les thèses de la Nouvelle droite sont ainsi écologisées... (Delphine Pouchain, Alain de Benoist : une appropriation tactique de l’écologie, Lille 2, IEP, 1999). Selon lui, l’écologie interroge les rapports entre l’homme et la nature, critique l’idéologie du progrès (notamment dans son "culte de la croissance et du productivisme") et se présente comme une alternative radicale, seule solution pour le devenir de l’humanité ; elle est fondée sur une nouvelle réflexion sur le long terme, sur notre responsabilité et sur l’idée de beauté.

Ce que révèle cette écologie d’Alain de Benoist, ce sont des lignes d’engagement partagées avec l’écologie politique de gauche. Il y a tout d’abord une posture d’opposition à un ordre établi, celui du libéral-productivisme (l’écologie doit "contester radicalement l’axiomatique de l’intérêt, le paradigme économique et le pouvoir absolu des valeurs marchandes", Eléments, n°66, 1989). Il y a ensuite la dénonciation de l’utilitarisme ("Ecologie ?", Krisis, n°15, 1993). Il y a encore l’exaltation d’une vision communautaire (même si elle est plus communautariste chez cette droite radicale), qui n’entend pas dissocier le bonheur individuel d’une insertion réussie dans le milieu humain. Alain de Benoist valorise aussi, pêle-mêle, la réduction du temps de travail, le régionalisme, le culte de la diversité, la démocratie directe... La méthode théorique utilisée est aussi largement partagée : en voulant construire de "nouvelles synthèses" (Eléments, n°94, 1999), l’objectif est d’amorcer une autre perception du monde, valorisant la complexité de nos interactions avec les autres peuples, mais aussi le monde animal et végétal, en tenant compte des limites de notre monde et de ses ressources. Il s’appuie alors sur des concepts comme la "co-appartenance" ou bien la notion de "valeur inhérente" (qui rejette l’idée d’une valeur instrumentale ou intrinsèque de la nature, au profit d’une valeur fondée sur la responsabilité de l’homme).

Ces lignes de partage entendent faire disparaître les distinctions profondes qui existent entre cette écologie-là et celle des Verts par exemple. L’usage des mêmes mots traduit très souvent des réalités différentes... Même si certaines phrases ("L’écologie est évidemment très proche du paganisme, en raison de son approche globale des problèmes de l’environnement, de l’importance qu’elle donne à la relation entre l’homme et le monde, et aussi bien sûr de sa critique de la dévastation de la Terre sous l’effet de l’obsession productiviste, de l’idéologie du progrès et de l’arraisonnement technicien", Eléments, n°89, 1997) résonnent étrangement... L’importance de l’idée d’égalité, fondamentale chez les écologistes, est minimisée par Alain de Benoist ; selon lui, la véritable écologie est forcément anti-individualiste. La "parenté" qui existerait entre l’écologie et le paganisme (Eléments, n°79, 1994) n’est pas non plus présente dans les rhétoriques des écolos de gauche. Les thématiques de la "décadence", de "l’ethnicisme"... sont absentes des structures fondamentales de l’écologie de gauche. Notons, surtout, une vision distincte des droits des peuples (Eléments, n°109, 2003), qui, au sein de cette droite, se caractérise par une dimension néo-traditionnaliste (logique de l’enracinement par exemple ou de l’esthétique intemporelle de la Terre). Signalons enfin, l’antagonisme profond sur des questions comme la sociobiologie ou la référence à une prétendue "loi naturelle" à laquelle nous devrions nous soumettre... Cette écologie-là, reste largement ambiguë, moins par son contenu (flou, complexe et contradictoire) que ses intentions politiques.

Bruno Villalba


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