L’environnement, question sociale. Dix ans de recherches pour le ministère de l’environnement

sous la direction de Boyer Michel, Herzlich Guy, Maresca Bruno, Odile Jacob, 2001, 305 pages, 24.4€
 juin 2003
par  Michel Kroll
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Ce livre présente, en une trentaine de petits articles, un bilan des politiques de recherches menées à l’initiative du ministère de l’environnement depuis une dizaine d’années. Si Dominique Voynet signe l’avant-propos de l’ouvrage (le lecteur pressé pourra faire l’économie de sa lecture…), elle n’a qu’un rôle mineur dans ce bilan. Les recherches ont été lancées par les précédents ministres. De ce survol historique, on est frappé par l’extrême diversité des propos, des angles de recherche, mais aussi des perspectives théoriques mobilisées. On est loin d’une vision essentiellement environnementaliste : l’impression dominante réside dans le fait qu’il n’existe pas un projet de recherche sur l’environnement, mais une mosaïque de pistes, plus ou moins élaborées ou achevées.
Trois axes articulent l’ouvrage : les "représentations", les "acteurs" et "risques et développement durable". La construction de l’ouvrage reste cependant factice, tant les articles puisent souvent à des principes qui dépassent ces trois axes. Mais ce livre étant destiné à un large public, comme le précisent les directeurs de l’ouvrage, il faut bien tenter d’offrir un ordre. L’exercice est d’autant plus difficile que les auteurs des articles viennent de l’ensemble des disciplines des sciences humaines (on pourra d’ailleurs regretter un manque de confrontation avec les disciplines des sciences de la nature).

Sociologues, géographes, économistes, politistes, et dans une moindre mesure, philosophes, apportent leur contribution. Au fil des chapitres, on voit combien la question écologique devient une "question sociale", touchant de plein fouet les principaux aspects de notre société : l’économie bien sûr, mais aussi la sécurité, la santé, le bien-être ou encore la volonté de vivre ensemble… S’il fallait encore insister sur l’importance de l’environnement, ce livre viendra rappeler combien cette thématique est à présent incontournable pour comprendre la moindre situation sociale. Désormais l’environnement ne se conçoit plus en dehors de la compréhension des interactions hommes-milieux.
Signalons quelques pistes fécondes : la partie consacrée au "modes de vie" (p 75-118) apporte quelques contributions intéressantes sur la question de l’écologie urbaine. Olivier Soubeyran (géographe) apporte un éclairage pertinent sur l’importance de développer une compréhension complexe de l’espace urbain ; s’éloignant d’une approche classique en terme d’aménagement, il renoue avec quelques courants de la réflexion urbaine (école de Chicago, mais aussi géographie humaine…). Cet article doit être associé à celui de Cyria Emelianoff ("un nouveau modèle urbain ?"). Dans cette même partie, Bruno Maresca rappelle toute la difficulté d’allier exigence écologique et pratique écologique. La partie consacrée aux "acteurs" reste de facture classique. Les articles sur les écologistes (associatifs ou politiques) présentent l’avantage d’être de bons résumés, mais offrent l’impression trompeuse d’une compréhension maîtrisée des stratégies et hésitations de ces acteurs. On peut cependant constater l’absence des milieux industriels dans les acteurs étudiés : à croire qu’il est encore aujourd’hui difficile de conduire des enquêtes au sein de ces milieux… Dans la partie sur les "risques", on soulignera la contribution de Francis Chateauraynaud (sociologue) sur les "lanceurs d’alertes" : en ces temps où l’on ne cesse d’invoquer le principe de la gouvernance et de l’écoute tout azimut, l’article vient rappeler combien il est difficile d’avoir une pensée différente dans un monde de l’efficience technique et économique.

Mais, à force de décomposer les recherches, le livre laisse parfois un peu perplexe. Les articles se répondent, s’interrogent mutuellement, sans qu’il soit possible au lecteur de procéder à des synthèses heuristiques. Il manque quelques chapitres de fin qui permettraient de tracer quelques pistes prospectives (la sous-partie intitulée ainsi ne doit pas faire illusion : elle est consacrée au développement durable et reste assez faible dans les pistes qu’elle esquisse). Plus formel, mais tout aussi frustrant, le livre ne fournit que très peu de références bibliographiques. Notons enfin l’inquiétude sourde que soulève aussi ce livre, quant à la pertinence des programmes de recherches des différents ministères : on perçoit les effets de mode (intellectuels, secteurs concernés), tout comme on sent les limites d’une absence de confrontation intellectuelle (notamment, encore une fois, dans une logique interdisciplinaire).


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