
En préparant ce numéro 28 de la revue, nous avions fini par oser demander à André Gorz d’écrire un article. Connaissant quelque peu l’état de santé de sa femme, nous n’avions pas été surpris par son premier refus et avions choisi d’un commun accord, de reproduire des passages d’articles récents déjà parus, pertinents pour notre sujet. Insatisfait de cette formule, il nous avait à nouveau contacté : il préférait tout compte fait rédiger un article. Mais il faudrait faire vite nous disait-il, prétextant devoir partir bientôt en voyage à l’étranger... C’était courant septembre, André Gorz avait cette élégance. A nos remerciements chaleureux il répondait simplement qu’en tant que parrain de la revue, il était normal qu’il nous soutienne. Deux jours avant de partir en compagnie de D., il avait, d’une voix enjouée et à plus de 21h, expressément demandé de faire fonctionner notre fax qui n’avait pas répondu aux nombreuses tentatives d’envoi de son texte dactylographié. C’est ce souvenir emprunt d’une grande gentillesse, d’une extrême modestie et d’un engagement sans faille que nous garderons d’André Gorz.
L’article qu’André Gorz a produit pour EcoRev’ témoigne de son acuité d’esprit, d’une pensée vivante, d’une implication dans la société du 21è siècle, tout autant que de sa capacité à identifier les signaux faibles où qu’ils s’expriment dans le monde. Il en appelle une fois encore à une révolution écologique, sociale et culturelle qui abolisse enfin les contraintes du capitalisme ; ouvrant les pistes d’un modèle de substitution à la marchandisation dont il perçoit dès aujourd’hui les prémisses, et dans lequel le salariat serait aboli. Une révolution qui paraît d’autant plus nécessaire qu’avec lui nous sommes convain