Les Habits verts de la politique

 mai 2000
par  Michel Krol
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Les Habits verts de la politique, de Florence Faucher, Presses de Science Po, Paris, 1999

les multiples monographies entreprises sur les mouvements écologistes ont permis d’en éclairer la compréhension, ces travaux n’offrent guère de réponses à la question des différences nationales, alors que le comparatisme, en isolant différentes variables, peut révéler comment la culture, l’histoire, et les configurations nationales et locales contribuent à façonner des mouvements politiques qui pourraient paraître au premier abord absolument originaux, comme c’est le cas pour les écologistes. Mais, pour Florence Faucher, ces différences peuvent aussi bien s’observer au niveau micro-social, dans les comportements militants eux-mêmes. Les Habits verts de la politique associe donc comparatisme et ethnologie politique .

L’auteure a donc suivi de près, durant plus de cinq ans, les activités de deux groupes verts, l’un à Aix-en-Provence, le second à Oxford. Son livre est le compte-rendu de cette observation ethnographique relatée sur dix chapitres, dont chacun dévoile une dimension particulière des partis et de leurs militants : le processus d’adhésion, les réunions des groupes locaux, les campagnes électorales, mais aussi la vie quotidienne à l’extérieur et à l’intérieur du parti.

Hélas, on peut regretter que l’ouvrage s’apparente plus à une double monographie, à deux descriptions parallèles qui ne se rencontrent pas vraiment, qu’à une étude comparative (limitée à deux pays !). Les différences observées sont, en outre, bien vite évacuées au moyen de considérations lapidaires sur les différences des "cultures nationales" et des systèmes politiques.

Car, finalement, le propos de l’auteure n’est pas là. La problématique de l’étude est bien davantage construite autour de ce qui rapproche les groupes écologistes que de ce qui les distingue, pour en cerner l’unité, terrain miné de la science politique. Les descriptions des deux groupes locaux sont censées attester de l’existence de ce que l’auteure baptise la "vertitude", concept régulateur désignant la mouvance "verte", ou une attitude distinguant les "verts" du reste de la société, dont les contours mal déterminés excèdent ceux de la seule écologie politique. Raisonnement quasiment essentialiste à l’heure où la sociologie politique est férue de constructivisme.

Ce concept meuble n’en est pas moins nécessaire à l’auteure pour appréhender le paradoxe du militantisme écologiste : l’engagement demande plus d’efforts qu’il ne pourvoit de rétributions, les résultats électoraux étant souvent décevants, et les postes à distribuer peu nombreux. Florence Faucher développe donc une thèse courageuse : " La confrontation entre deux partis permet de comprendre dans quelle mesure le militantisme vert est inspiré par la "vertitude" (p. 21).

L’originalité de l’étude consiste ainsi dans l’attention portée aux pratiques écologiques privées des militants verts. Les verts proposeraient une alternative au militantisme "classique", en brouillant les limites entre public et privé, car ils "s’imposent de prolonger leur engagement dans la vie publique par une transformation de leur vie quotidienne" (p.16), en s’astreignant à respecter un certain nombre de règles de vie plus soucieuses de l’environnement. Si l’idée est prometteuse, qui dépasse les explications plus classiques en termes de rétribution symbolique, la démonstration peine à convaincre. Sont en effet, quasiment amalgamés dans la "vertitude" pratiques écologiques, phénomène de mode et spiritualité New Age et même deep ecology.

L’auteure semble vouloir rendre compte de la totalité des pratiques plus ou moins distinctives des militants verts, et ce, sans précaution de construction et de délimitation de son objet. Cela la conduit à présenter une galerie de portraits éthérés, sans la moindre justification épistémologique concernant leur pertinence heuristique. Le compte-rendu des pratiques se détache de toute donnée sociographique de sorte que, décrivant quelques personnes et parlant des militants verts, elle suggère une homogénéité de ce groupe, tout en passant au crible, jusqu’à l’ésotérique, la pluralité de modes de vie qui n’illustrent, finalement, qu’eux-mêmes. Cela tend, hélas, à affaiblir la scientificité des conclusions de cet ouvrage.


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