Quelles sciences pour une planète vivable en 2030 ? Editorial

mercredi 21 mai 2008
par  EcoRev’
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"Quelle science pour quelle société ?", c’est ainsi que nous avions intitulé notre
dossier du numéro 5 d’EcoRev’ paru à l’été 2001. Nous faisions alors le constat que chercher
à réintégrer les savoirs et techniques dans le champ de la critique sociale est l’une des spécificités
de l’écologie politique par rapport à d’autres progressismes. Dans la foulée de ce
numéro, est née en 2002 une association, la Fondation Sciences Citoyennes (FSC), pour
approfondir ces réflexions et les porter sur le terrain militant. Depuis, nos chemins ont continué
à progresser en parallèle. A l’automne 2007, FSC a lancé un cycle de débats "Dialogues
Sciences-Planète" avec différents partenaires, au premier rang desquels EcoRev’. Il s’agissait
par ces débats de s’interroger, avec les différents acteurs de la production des savoirs, sur
les scénarios pour une planète vivable en 2030 et les questions qu’ils posent à la science.
La rédaction a décidé de profiter de cette occasion pour revenir sept ans plus tard sur le sujet.

C’est Lewis Mumford qui ouvre ce dossier pour, à partir de sa distinction entre techniques
autoritaires et techniques démocratiques, rappeler à ceux qui se sentent concernés par le
maintien des institutions démocratiques qu’ils doivent prendre en compte la technologie.
Comme le souligne dans son article Christophe Bonneuil, l’urgence écologique condamne
notre système de recherche et de développement à évoluer. Cette évolution passe par une
interrogation des liens entre Science, Etat et marché, par une reconnaissance de la diversité
des acteurs légitimes pour produire les savoirs indispensables à la transition écologique et
par une démocratisation des choix scientifiques et techniques. Certains de ces aspects sont
repris par Hervé Le Crosnier, qui s’interroge dans son article sur les conditions de l’alliance
nécessaire entre sciences et mouvements sociaux. Mais il insiste particulièrement sur un
aspect : si l’écoute des "critiques" sur la science formulées par certains acteurs du mouvement
social est essentielle, cultiver chez les citoyens un "imaginaire des sciences
citoyennes" ne se résumant pas à la litanie des dangers, est nécessaire pour ne pas
condamner d’avance la possibilité de cette alliance. Le texte de Guy Kastler démontre,
avec l’exemple de l’opposition entre semences paysannes et semences industrielles, le
rôle des droits de propriété intellectuelle dans la construction de la domination de la
technique autoritaire.

Les trois articles qui suivent témoignent de l’avancée des "pistes pratiques" pour faire entrer
les sciences en démocratie. Christine Audoux-Lemoine nous présente des premiers résultats
de son étude sociologique sur les Partenariats institutions citoyens pour la recherche et l’innovation
(PICRI), lancés en 2005 pour catalyser une co-production des savoirs entre chercheurs
institutionnels et associations. Jacques Testart présente le résultat du travail d’un de
ces PICRI auquel il a été associé et qui visait à définir les modalités précises de Conventions
de Citoyens, pour recueillir l’avis éclairé des "citoyens" sur les choix technoscientifiques.
Enfin, André Cicolella défend le principe d’une loi pour protéger les lanceurs d’alerte dans
le champ de la sécurité sanitaire et environnementale et garantir les conditions d’une expertise
indépendante et pluraliste. Pour terminer ce dossier, nous suivons l’invitation lancée
par Delphine Gardey à fertiliser nos réflexions avec un intrant renouvelable : la pensée de
l’historienne-anthropologue des sciences féministe, Donna Haraway.

La rédaction


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