Edito

 2005
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"Essoufflement du mouvement altermondialiste", c’est ce que les médias auront retenu du FSE de Londres (22000 participants), après avoir longtemps mis en avant le caractère novateur et rassembleur de celui-ci. Son institutionnalisation décriée en interne accentue cette impression de cassure dans l’élan qui portait les altermondialistes. Dans un contexte souvent qualifié de crise des formes traditionnelles d’engagement, de désenchantement des citoyens à l’égard des forces partisanes et de délégitimation du politique, la question posée est plus généralement celle du renouvellement des formes de contestation.

Si l’amertume qu’ont pu laisser aux militants les luttes des intermittents, des retraites, de l’école en 2003 est réelle, la "morosité" militante ne doit pas faire oublier la variété des mouvements qui ont émergé, les réseaux qu’ils constituent, leurs croisements et imbrications. Sur les pavés se sont mêlés ces dernières années différents champs d’action politique, discours, formes de contestation, fondements idéologiques (ou leur rejet) qui soulèvent la question de la novation et du poids de l’héritage des mouvements sociaux passés.

Le renouvellement et les limites des répertoires d’action (désobéissance civile, non-violence, réquisition des richesses, occupation de l’espace public, etc.) font également question. La mort de Sébastien Briard, militant non-violent anti-nucléaire, interroge par exemple quant aux limites des pratiques de désobéissance civile et aux prises de risque qui la sous-tendent. Mais elle fait aussi resurgir le choix de l’illégalité comme répertoire d’action légitime face à la surdité de l’Etat aux revendications de ces militants et l’absence évidente de volonté d’assumer un débat public au niveau national. Interrogations auxquelles répondent en partie les militants du 7 novembre dans leur déclaration quant aux motivations de leur recours à la désobéissance civile : "Le fait qu’il soit mort ne doit pas faire oublier que cette action était non violente, réfléchie et volontaire. (...) Nous avions des raisons certaines d’être là. En premier lieu la sauvegarde de la planète (...), mais également le rejet de cet Etat monolithique refusant toute remise en question. Nous n’avons pas décidé d’arrêter ce train par immaturité ou par goût de l’aventure, mais parce que dans ce pays, il faut en arriver là pour qu’une question de fond, enfin, entre dans le magasin de porcelaine."

Les auteurs qui ont participé à ce numéro se sont penchés sur ce qui compose ce "nouveau paysage" contestataire. Dans son article, Jean Zin revient sur la nécessité de refonder le cadre d’un nouveau militantisme bâti sur les ruines du post-totalitarisme et de s’engager vers "une liberté collective décidée mais prudente". Joëlle Aubron et Miguel Benasayag abordent le choix des modes d’actions à l’aune de leurs parcours politiques et la légitimation du recours à la violence politique. Pierre Guerinet analyse l’émergence en Grande- Bretagne des premiers groupes d’action directe (désobéissance civile) fondés sur des revendications environnementales. Lilian Mathieu étudie quant à lui les liens entre savoir et engagement par le biais de l’expertise ; et Donatella della Porta l’usage de pratiques participatives dans les forums sociaux en Italie et au sein du mouvement altermondialiste. Eric Agrikoliansky revient sur la question de la nouveauté de l’altermondialisation, en s’appuyant notamment sur l’étude du Forum social européen de Paris-Saint-Denis (2003). Nous nous arrêterons plus particulièrement sur le mouvement des "sans" (Daniel Mouchard) et celui des chercheurs (Christophe Bonneuil, Corinne Boujot et Isabelle Sommier). A travers une approche du militantisme de ces dernières années et de l’engagement syndicaliste, Evelyne Perrin nous montrera leurs limites face à la précarité.

La rédaction


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