Editorial

mardi 1er mars 2011
par  EcoRev’
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C’est par la présentation d’excuses à nos lecteurs et lectrices pour la parution tardive de ce numéro que nous avons souhaité démarrer cet éditorial. Des départs et des arrivées dans le comité de rédaction, la nomination d’un rédacteur en chef et surtout -le bénévolat montrant ses limites- le recrutement d’un secrétaire de rédaction permanent n’expliquent qu’en partie ce retard. Ce numéro devait à l’origine s’articuler essentiellement autour des pensées d’Ivan Illich et d’André Gorz, il s’est vu dernièrement rattrapé par l’actualité avec le scandale du "Médiator" que nous avons dès lors intégré à notre réflexion.

Déjà publié en 2004 dans notre dossier numéro 17, c’est un texte d’André Gorz qui ouvre ce dossier. A la suite de Némésis médicale d’Ivan Illich, Gorz postule que l’enjeu est de reprendre pouvoir sur la maladie, le corps et l’esprit, de mettre en cause tout ce qui nous rend malade dans notre vie quotidienne, de rétablir un rapport sain et démédicalisé à la santé, de construire un art de vivre sans lequel il ne peut y avoir ni sécurité ni émancipation individuelle et collective.
Or dans un contexte de marchandisation et d’industrialisation généralisée, de productivisme à tout crin, c’est bien plutôt vers une 4è crise écologique que nous nous dirigeons, une crise sanitaire venant rejoindre le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources naturelles et la chute de la biodiversité.

Alors que l’industrie pharmaceutique se cantonne à la réparation et au maintien de la santé dans un contexte de morbidité croissante, que l’agriculture industrielle pollue l’environnement et l’alimentation, les acquis du Conseil National de la Résistance de 1947 disparaissent rapidement tandis que les inégalités en matière de santé explosent dans une indifférence à toute véritable politique de prévention. Ainsi dans nos pays industrialisés se pratique une surconsommation spectaculaire de médicaments qui ne rétablit pas la santé voire qui participe au développement de pathologies.

Face à cette situation, la santé ne peut en aucun être réduite à l’analyse des seuls champs économique, scientifique et technique, mais se doit de solliciter également le champ politique. Il s’agit de la concevoir dans la perspective de la mise en œuvre d’une véritable démocratie cognitive.
Car tout comme la démocratie représentative accentue la hiérarchisation des pouvoirs, la séparation entre représentants et représentés, de même la science est séparée du public par une coupure épistémologique, un monopole du savoir. Un double monopole s’installe : celui du pouvoir politique et du savoir scientifique. Cette séparation intenable produit la nécessité de son dépassement dans des scandales tels que celui du sang contaminé ou plus récemment du médiator. Il s’agit de surmonter les asymétries d’information où échouent démocratie représentative et marché en mettant en œuvre une politique de santé écologiste qui prenne en compte tous les aspects de la vie, en agissant sur la production et les conditions de travail.

Des exemples symboliques analysés dans ce dossier montrent qu’il est d’ores et déjà possible d’agir différemment : de s’intéresser à l’épidémiologie, à la biologie des populations, à l’anthropologie, aux maladies du travail, etc. Ils permettent de poser les bases d’une réflexion qu’il s’agira d’approfondir à l’avenir.

La rédaction