De l’Amiante à REACH, les mêmes enjeux !

mercredi 3 mai 2006
par  André Cicolella
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Un récent rapport du Sénat sur l’amiante [1] indique que l’amiante est la plus grande catastrophe de sécurité sanitaire récente : 35 000 morts déjà, mais de 60 000 à 100 000 attendues d’ici 2025. Ce rapport montre aussi que toutes ces morts ou presque étaient évitables. Ce n’est donc pas un accident mais le fruit d’un système économique, peu soucieux de la santé des gens.

Pour arriver à cette situation, l’industrie a obtenu des soutiens au sein des institutions publiques, dont le rôle a été perverti. Cette situation peut se reproduire aujourd’hui avec d’autres substances chimiques. Le projet européen REACH (Registration, Evaluation and Authorization of Chemicals) essaie de l’éviter mais le lobbying de l’industrie chimique tente d’en limiter la portée. Ce projet de l’Union européenne veut obliger les industriels de la chimie à évaluer les risques de toutes les substances mises sur le marché avant 1981, ce qui n’a jamais été fait. Aujourd’hui, sur pas moins de 100 000 substances qui circulent dans notre environnement (produits de nettoyage, cosmétiques, emballages, plastiques, etc.), seules 3% d’entre elles ont été évaluées. Malgré le fait que REACH vise à répondre à ce besoin en 11 ans, l’industrie chimique essaie de réduire les effets et les contraintes de ce projet. La Commission européenne estime que l’application de ce projet pourrait permettre d’éviter 4 000 morts par an et d’économiser 50 milliards d’euros sur 30 ans.

Le Parlement Européen doit débattre du texte en plénière le 17 novembre prochain, mais le commissaire à l’industrie a sorti un nouveau projet qui renvoie de nouveau la charge de la preuve sur les États.
Ce projet ne doit pas seulement être l’affaire des élu-es et des industriels mais de toutes et tous car c’est notre santé qui est en jeu pour qu’il n’y ait pas une nouvelle catastrophe du type amiante.

André Cicolella

Responsable de la Commission santé des Verts et auteur du livre Alertes santé avec Dorothée Benoit-Browaeys aux Éditions Fayard.