Éditorial "Penser l’après capitalisme avec André Gorz"

vendredi 20 novembre 2009
par  EcoRev’
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Il y a deux ans nous recevions le dernier texte de notre parrain André Gorz [1], seulement quelques jours avant que sa femme et lui ne nous quittent.
Le présent numéro d’EcoRev’ rend hommage à ce penseur de l’écologie politique et prend une forme particulière puisqu’il parait dix ans après notre premier numéro : Survivre au capitalisme. Mais ce n’est pas un hommage qui tenterait de sacraliser "une pensée gorzienne", c’est plutôt - dans un contexte de crises systémiques globales - une réflexion qui vient interroger et prolonger l’idée centrale de son dernier texte : La sortie du capitalisme a déjà commencé.
Ce numéro a également pour objet de montrer combien ses intuitions sont plus que jamais actuelles et capables de contribuer à la construction, certes complexe mais nécessaire, d’une écologie politique alternative au capitalisme.

Le capitalisme du XXIème siècle se trouve pris entre les effets délétères de la pollution et l’épuisement des matières premières, générés par son mode de production. L’effet de cet épuisement est amplifié par le principe fondamental du capitalisme d’orienter son fonctionnement quasi-exclusivement vers la recherche de profits.
De plus, simultanément à la robotisation et à l’automatisation - qui détruisent de facto des emplois dans un contexte de productivisme exacerbé - le numérique installe une économie du savoir avec son lot de stress et de mal être au travail, à mille lieues de la société de l’intelligence telle que définie par André Gorz. À ceci s’ajoute un consumérisme qui marchandise tous les espaces de vie. Les quartiers populaires du Nord comme du Sud sont bien évidemment les premières victimes de ce consumérisme mais s’y développent des innovations économiques et sociales qui peuvent devenir le terreau de pratiques post-productivistes.

La situation actuelle n’est donc ni une fatalité ni inéluctable. Il existe des solutions pour sortir de ce capitalisme de manière civilisée - faute de quoi une solution barbare s’imposera à terme sous la forme de la Guerre.
Ces solutions civilisées sont concevables dans le cadre d’un nouveau paradigme. Elles concernent la mise en œuvre d’une politique volontariste contre les conséquences de l’effet de serre avec des décisions drastiques conçues démocratiquement.
Elles confortent la reconnaissance d’un mode de production qui pourrait s’apparenter à celui du logiciel libre et incitent à sa généralisation dans toutes les sphères de la production. Les sciences fondamentales et appliquées ont également besoin d’une prise en main par tous les acteurs de la science de leur outil de travail et d’une dissémination, d’une pollinisation d’outils et de savoirs utiles à la compréhension de la complexité, récusant la notion de propriété intellectuelle.
Mais ces solutions s’appuient aussi sur une production de proximité, une relocalisation tant des activités agricoles que des activités industrielles - grâce à la réalisation d’un réseau de coopératives et d’ateliers de réparation bénéficiant de l’émergence de la production entre pairs (peer production) utilisant par exemple l’imprimante 3D.

La création d’un revenu social garanti vient compléter et soutenir l’ensemble du dispositif et permettre l’émergence d’une nouvelle organisation du travail et d’un mode de production répondant aux usages.

"Je ne dis pas que ces transformations radicales se réaliseront. Je dis seulement que, pour la première fois, nous pouvons vouloir qu’elles se réalisent. Les moyens en existent ainsi que les gens qui s’y emploient méthodiquement." André Gorz (2007).

La rédaction


[1André Gorz, "Le travail dans la sortie du capitalisme" alias "La sortie du capitalisme à déjà commencé", in EcoRev’, 28, novembre 2007, p. 9-15 (consultable aussi en ligne)


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