Edito : L’agriculture, au cœur du projet écologiste

vendredi 16 juillet 2010
par  La rédaction
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Les choix agricoles sont désormais vécus dans nos sociétés dites
"post-industrielles" comme une
simple spéculation, sans guère de conséquences directes sur la vie quotidienne.
Pourtant, l’activité
agricole joue un rôle central dans la manière dont une société s’inscrit dans son
territoire, c’est-à-dire
à la fois dans l’espace et dans le temps, et dans sa fonction centrale de nourrir
l’humanité. Il est
illusoire de croire à l’avènement d’un progrès technique et d’une production
agricole hors-sol de substitutions car de nombreux signes nous laissent envisager à quel point un socle matérielle
reste déterminant,
des sociétés les plus pauvres aux plus avancées. Il est ainsi acquis que l’explosion
des prix agricoles
des années 2007-2008 – due entre autres aux agrocarburants – ne s’est pas limitée à
provoquer des
émeutes dans les pays du Sud, mais qu’elle a également eu une influence importante
sur la déstabilisation des marchés financiers, avec les conséquences que l’on sait ("Une crise
financière et…
environnementale", Sandrine Rousseau, juin 2009, ecolosphere.net). Aujourd’hui,
l’agriculture retrouve
sa place dans un projet de société plus écologique, et suscite un enthousiasme
nouveau : refus des
OGM, demande en produits bio et équitables, engouement pour les circuits courts avec
les AMAP, ou
encore succès de documentaires dans les cinémas, de Notre pain quotidien au récent
Solutions locales
pour un désordre global
.

Repenser l’agriculture implique naturellement une critique sans concession
de la mainmise des
multinationales sur les mécanismes néolibéraux de l’OMC et sa prétendue régulation
"par le marché".
Mais cette critique, de plus en plus connue et admise, ne suffit pas à construire
une alternative : abattre
les multinationales sans avoir d’abord identifié et soutenu les moyens d’une
production relocalisée,
ce serait s’enfermer dans le cercle sans fin de la répartition a posteriori d’une
production centralisée,
c’est-à-dire d’une primauté permanente accordée au capital – dont les effets
néfastes seraient alors
simplement "corrigés" par une politique sociale, comme le fait l’actuelle PAC tant
critiquée. C’est
justement ce dont les communautés paysannes du Sud ne veulent plus : l’heure est à
l’exercice d’une
démocratie agricole, basée sur les fondamentaux de l’acte de production (la terre,
les semences, le
paysan, le milieu naturel et le milieu social) et la reconnaissance du droit de
chaque société à définir
sa propre politique agricole et assurer sa souveraineté alimentaire. Par ailleurs,
il est insuffisant de
combattre l’agro-capitalisme sans identifier d’abord ses présupposés scientifiques
et la représentation
du monde qu’il traduit.

Parce que l’avènement d’une agriculture centralisée, industrialisée et chimique a
conduit à mettre en
danger le facteur de production (la terre, l’eau, le climat) et à aliéner les
paysans (accaparement des
terres, intrants chimiques, semences standards, non-reconnaissance des
savoirs paysans), nous commencerons par un premier tour d’horizon des impasses et dangers de l’industrialisation de
l’agriculture sur le climat (Diane Vandaele puis Claude Aubert), les sols (Emmanuel
Bourguignon), le
foncier (Michel Merlet puis Joseph Comby) et les semences (Guy Kastler). Dans un
deuxième temps,
Jacques Caplat (qui coordonne pour nous ce numéro), Michel Pimbert et Marc Dufumier
démontreront
qu’une fois débarrassés des mythes et impostures de ce modèle, nous pouvons mettre
en œuvre une
autre agriculture : bio, paysanne et adaptée aux communautés, aux terroirs et aux
climats. Nous
ébaucherons alors avec Aurélie Trouvé, Geneviève Savigny, José Bové et le groupe PAC
2013 quelques-
uns des enjeux d’une agriculture en rupture avec les politiques néolibérales et
replacée au cœur des
territoires et des attentes sociales. Xavier Poux enfin rappellera en quoi les choix
agricoles sont
indissociables des paysages et des espaces de vie.

Adoptant un point de vue planétaire, nous nous attacherons donc dans ce numéro à
dessiner les
contours d’une agriculture inscrite dans une approche propre à l’écologie
politique : humaine,
environnementale et systémique. Ce dossier, inauguré par un classique de Henry David
Thoreau,
adressera aussi des clins d’œil à nos autres rubriques, lectures et kit militant.
Après un n° 9, consacré
en juin 2002 aux "Modernités de la ruralité" et disponible comme les autres en
intégralité sur notre
site ecorev.org, nous avons le plaisir de vous emmener sur de nouveaux chemins de
campagne.