Jacques Ellul, l’homme qui avait (presque) tout prévu

Jean-Luc Porquet, Le Cherche Midi, 18 €
 octobre 2003
par  Balthazar Alessandri
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Le livre de Jean-Luc Porquet nous offre, en vingt chapitres écrits dans une langue simple, claire et accessible à tous, une bonne introduction à la pensée et à l’œuvre de Jacques Ellul, qui est à la fois l’un des précurseurs de l’écologie politique et un penseur injustement méconnu en France. Bien qu’il ait été un temps proche de l’Internationale situationniste (mouvement politique et artistique des années 1960 d’inspiration à la fois marxiste et libertaire animé notamment par Guy Debord), on ne peut séparer l’œuvre d’Ellul (1912-1994) de sa foi religieuse. La critique ellulienne de la technique, critique aussi corrosive que radicale, est en effet profondément enracinée dans sa foi protestante ; pour Ellul, le système technicien (c’est d’ailleurs le titre de l’un de ses ouvrages) au sein duquel nous vivons et qui nous conditionne se caractérise non seulement par une omniprésence de la médiation, de l’artificiel, mais a pour conséquence logique une dégradation des rapports humains eux-mêmes, des sentiments humains dans ce qu’ils ont de plus profond, de l’Amour enfin et du rapport des hommes à l’Absolu, à Dieu. C’est ce qu’Ellul exprime magnifiquement dans Ce que je crois (1987, Grasset). La critique ellulienne de la technique, de l’Etat et des rapports sociaux qu’ils engendrent est dévastatrice et n’épargne aucun aspect de la vie en société : c’est ce qu’a le mérite de bien montrer Jean-Luc Porquet en illustrant chacun des thèmes majeurs de la pensée d’Ellul au moyen de sujets d’actualité et de fiches très instructives à la fin de chaque chapitre. Comme le montre Jean-Luc Porquet dans une annexe intitulée "Heidegger contre Ellul", Ellul est un antidote salutaire, dans l’appréhension de tous les enjeux des biotechnologies et de la bioéthique, aux thèses d’un Sloterdijk s’inspirant de Nietzsche et du "Gestell" heideggerien, de l’"arraisonnement", c’est-à-dire de la mise en disponibilité permanente de l’être humain par la technique au sein du système technicien ou de ce qu’Ivan Illich et Serge Latouche appellent la "mégamachine". Une lecture attentive de l’œuvre et de la vie d’Ellul rappelle opportunément que l’originalité de l’écologie politique et sa radicalité par rapport à la gauche traditionnelle issue du mouvement ouvrier (et de sa trahison) est qu’elle est aussi une critique du Progrès, en tout cas de la folle course à l’accumulation et à la consommation qu’il entraîne nécessairement et donc de ses aspects aliénants, déshumanisants. D’où une critique sans compromis de la violence des normes et la nécessité de promouvoir une véritable "décroissance conviviale" ainsi que des rapports sociaux aussi horizontaux que possible, du "penser global, agir local" dont Jean-Luc Porquet oublie au passage, lorsqu’il dit que c’est le slogan d’Attac, de dire que c’est d’abord un slogan des Verts ! La vision ellulienne de cette problématique centrale de l’écologie politique est notamment exposée dans l’ouvrage d’Ellul intitulé Changer de révolution. L’inéluctable prolétariat (Le Seuil, 1982). Si Ellul diffère radicalement de Marx dans sa lecture de l’Histoire, notamment par sa vision du rôle de la technique, il reconnaît néanmoins sa dette envers lui pour ce qui est de l’analyse de la formation des classes sociales et de leur reproduction. Ellul était nécessairement anticapitaliste (pas "antilibéral", ce mot cache-sexe de ceux qui à gauche ont peur de l’Histoire parce qu’ils craignent de la faire), anti-productiviste et se méfiait beaucoup de l’Etat, en tout cas de l’Etat centralisé tel qu’il existe en France depuis plusieurs siècles. Il connaissait d’ailleurs bien le sujet de la formation de l’Etat en France, puisqu’il est l’auteur d’une Histoire des institutions (1955, PUF/Thémis, 1999) qui fait toujours référence parmi les étudiants en Droit.. Malgré le malencontreux oubli de Jean-Luc Porquet, son livre édité au Cherche Midi contribue utilement à mieux faire connaître un grand humaniste et son œuvre, un esprit critique aussi inclassable qu’intransigeant et peut ainsi nous donner de meilleures armes contre tous ceux qui dans la société d’aujourd’hui déifient la technique au nom d’une vision démiurgique du devenir humain, nous précipitant ainsi dans un enfer robotisé et/ou chimiquement assisté ou altéré. Dire non à cet avenir programmé, refonder l’espérance, ce combat était profondément celui de Jacques Ellul. A nous aujourd’hui de nous montrer dignes de son inspiration.


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samedi 30 avril 2005 à 22h45 - par  Emmanuel Pierre LEENHARDT

Un Système de Droit Constitutionnel Scientifique

(Présentation – Version du 30/04/2005)

(ASTUCE !  On peut lire l’essentiel en suivant les phrases en gras)

Ce système juridique proposé par Emmanuel LEENHARDT (comme une synthèse logique redevable à tant d’interactions et de recherches souvent extra-scientifiques qu’on ne peut les mentionner toutes équitablement) peut être décrit méthodiquement, en essayant d’être précis et simple, de la manière suivante.

(Dans la suite du texte on utilisera SDCS comme abréviation de « Système de Droit Constitutionnel Scientifique »)

Nature du SDCS :

Le SDCS se revendique comme un projet technologique, de même nature que la station M.I.R., le TGV, une centrale nucléaire ou l’ Airbus A380, c’est-à-dire à mettre en œuvre selon le même genre de protocoles intermédiaires, donnant lieu par étapes à l’évaluation de performances quantifiables et mesurables, jusqu’à un recoupement suffisant d’expérimentations partielles convaincantes pour procéder à leur issue à une « mise sur le marché ».

Au plan de sa conception théorique, il revendique l’utilisation permanente de la
méthode scientifique de la physique, ou méthodologie des sciences exactes (ou simplement « méthode scientifique »).

A ceci près qu’il complète cette méthode par trois innovations dans le domaine de l’épistémologie (ici au sens exact de « science des sciences ») :

trois innovations en épistémologie :

- La prise en compte et la modélisation de l’inconscient et ignorance de l’opérateur en sciences et de l’inconscient et ignorance collectifs dans sa culture d’appartenance dans l’élaboration de l’épistémologie.

- La prise en compte de l’ignorance et des erreurs scientifiques dans la définition même de la méthode scientifique.

- Le calcul mécanique des critères de signification dans le contexte ethnologique de la pratique scientifique.

(Habituellement considérés du domaine de la philosophie, sous-entendus, ou non exprimés dans la pratique scientifique occidentale, les critères de signification sont actuellement abandonnés ou confiés à la « conscience » (non scientifique !) du commanditaire ou financeur de la recherche,

Le calcul scientifique des critères de signification a pour conséquence mécanique, entre autres effets positifs, la prise en compte de tous les effets secondaires positifs ou nuisibles prévus, prévisibles, possibles, imprévus et imprévisibles de la pratique scientifique.

efficacité escomptée du SDCS :

Le SDCS, par l’efficacité de la méthode scientifique démontrée dans de nombreux domaines, par sa capacité d’innovation dans la création de nouveaux outils politiques techniques, peut se prétendre actuellement sans concurrence (sauf proposition récente hors de ma connaissance) dans le domaine de l’épanouissement harmonieux de l’être humain dans son contexte. Il pourrait notamment se révéler rapidement opérationnel (aux échelles considérées) pour les problèmes de dimension planétaires : action sur le climat, résolution de la pauvreté, famine, mortalité par les maladies curables, maîtrise de la démographie, conflits d’intérêts économiques, conflits religieux, résolution complète de traumatismes de masses à l’issue de guerres, génocides, etc,…. Il génère également un modèle économique de concurrence libre et non faussée, délimité par un budget tempéré d’une part par les ressources de la planète, d’autre part par les dépenses minimales impliquées par le droit des personnes. Il est à noter que la condition de « non-manque » sur la planète (recettes supérieures aux dépenses) est une acquisition très récente de l’humanité.

résistances culturelles à l’adoption du SDCS :

Les résistances culturelles à l’adoption du SDCS, malgré les progrès accomplis pour sa promotion en matière de communication, l’intérêt croissant des personnalités abordées et la prégnance des risques actuels encourus pour l’humanité dans son ensemble, n’ont pas permis jusqu’ici de donner à cette recherche scientifique le cadre et les ressources nécessaires à son développement optimal.

C’est d’ailleurs là à la fois la limite et une garantie de ce système, qui ne peut être que proposé comme un progrès déterminant à un système existant se réclamant de valeurs éthiques proches de ses propres critères de signification, et non imposé par le jeu d’un rapport de force révolutionnaire, policier, politique ou de quelque autre nature.

Structure du SDCS :

Comme les sciences exactes, le SDCS observe, traduit en modèles, descriptions, lois physiques, on pourrait dire qualifie en sciences la réalité humaine dans son contexte. Cet édifice en sciences humaines exactes se complète et se précise, se corrige le cas échéant, comme pour n’importe quelle science exacte, à l’infini.
L’héritage de tous les systèmes de droit (à toutes échelles : certaines dispositions coutumières d’ethnies extrêmement minoritaires ou anciennes peuvent se révéler très utiles et opérantes dans un système à grande échelle) est ensuite vérifié, trié, évalué point par point, principe par principe, élément par élément, puis complété, pour être mis en cohérence relativement : - à l’état des sciences humaines ; - aux critères de signification dégagés par le calcul logique mécanique. La base juridique permettant de mettre en cohérence tout système local de droit avec la condition humaine à l’état de nature est par définition une Constitution. La réalité humaine est ainsi qualifiée scientifiquement en droit, sans réintroduction de l’arbitraire (au sens de l’injustice générée en fin de compte sur le terrain) à aucun niveau de la législation qui génère l’épanouissement de chaque citoyen.

Procédure du SDCS :

Conformément à l’idéal des systèmes axiomatiques défini par le mathématicien Hilbert à la fin du 19ème siècle, le système de lois généré par le SDCS est appliqué sur le terrain par le moyen d’une procédure mécanique de résolution de problèmes.

(L’objection à cet idéal mathématique formulée ensuite par Gödel sous forme d’un principe ou théorème d’incomplétude n’est valable que pour un champ restreint des domaines d’application).

Cette procédure, (jusqu’ici la procédure judiciaire), devient ici une procédure algorithmique d’une « légèreté » extraordinaire, puisqu’elle est décrite selon un schéma dynamique interactif qui tient sur une seule page A4 (la totalité du SDCS étant matérialisée de cette façon sur 2 pages : l’une pour les situations licites ou normales, l’autre pour les situations problèmes).

Cette procédure présente la particularité de garantir l’équité du procès à l’état de nature (contrairement aux procédures occidentales actuelles qui se réclament uniquement de la conformité des décisions de justice avec certaines des lois en vigueur, (sans obligation de conformité à l’ensemble des lois), jusqu’à épuisement des ressources légales, matérielles ou psychiques des personnes ou instances condamnées, parfois sans réelle prise en compte des besoins et du droit des victimes.

De ce fait, la procédure du SDCS représente un cadre libérateur pour l’expression de la volonté de la majorité électorale, qui doit justifier de la justice des lois et politiques adoptées et de leur bien fondé dans leur impact à l’état de nature (sur le terrain). On peut prendre un exemple très simple : à supposer qu’une loi permette la mise en esclavage de certaines catégories de la population d’un pays, un seul de ces esclaves (fictifs), de n’importe quel niveau de vie (c’est toujours une fiction), par la connaissance de seulement 2 pages A4 où est représenté le fondement de ses droits et du fonctionnement social, aurait autorité pour faire abroger cette loi.

Bien sûr, cette faculté de contrôle de constitutionnalité des lois par chaque citoyen au moyen de la procédure algorithmique ne permet pas de déduire la « loi juste » à partir du constat de l’injustice d’une loi. L’illustration en est simple : il ne suffit pas de constater qu’un assemblage quelconque de poutres et de tôles tombe pour en déduire l’assemblage qui constitue un avion. On en revient donc naturellement à la nécessité d’un grand nombre d’étapes d’expérimentations et de vérifications élément par élément d’un système technologique avant sa validation et sa mise en œuvre sans risque plus grand que sa non mise en oeuvre.

raisonnement éthique logique
pour le lancement de la recherche
en Droit Constitutionnel Scientifique

Par contre, la non mise en œuvre d’un tel chantier semble elle aussi choquer la logique la plus élémentaire : en effet, le coût des premières étapes de vérification des fondements du SDCS, s’agissant de vérifications logiques fondamentales mais peu volumineuses, puis par exemple d’animations de groupes sous forme de scénarii ludiques pour des improvisations théâtrales (modélisation de développement et résolution de conflits par la fiction), serait supportable par toutes sortes d’institutions, (s’agissant essentiellement de temps passé, qui peut être du ressort du CNRS pour des spécialistes de la méthode scientifique, d’une faculté de Droit pour un spécialiste de droit Constitutionnel, ou même du bénévolat pour une petite équipe de comédiens).

Ainsi, le principe de précaution, qui exige de prendre toutes précautions utiles face à différentes menaces avérées, peut-il s’appliquer naturellement en faveur du lancement effectif d’une recherche scientifique au coût dérisoire, en regard des enjeux qui la concernent directement, et des solutions qu’elle porte aujourd’hui la promesse d’apporter, sous réserve de résultats et difficultés inattendus dans le futur, à des problèmes qui sont parfois d’ores et déjà traités comme par nature insurmontables, comme l’insécurité, à petite, et grande échelle.

Contact :

Emmanuel LEENHARDT
11 RUE DES BERGERS
F 38000 GRENOBLE
06 89 44 12 85

emmanule@hotmail.fr