Des banlieues rouges aux banlieues vertes ?

vendredi 13 mai 2005
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L’effondrement progressif de la banlieue rouge peut-il laisser la place, comme ont pu sembler l’indiquer les dernières élections municipales, à une alternative progressiste ? Quels types de pratiques sociales et politiques les mouvances écologistes et associatives doivent-elles mettre en œuvre pour rendre cette alternative crédible et viable ? Synthèse d’une table-ronde qui a réuni, autour de Michel Bourgain (maire de L’Ile-Saint-Denis), Patrick Petitjean (ex-élu à Montreuil) et Erwan Ruty (co-responsable du groupe "banlieues" des Verts), des élus et des militants écologistes de plusieurs villes de la banlieue parisienne.

Le constat de l’effacement progressif de la "banlieue rouge", du moins sous sa figure la plus traditionnelle, renvoie à la dissolution d’une configuration originale qui imbriquait étroitement des aspects économiques, sociaux, politiques, culturels et territoriaux. Lorsque le journal L’Humanité titrait, au lendemain des élections de mars 2001, sur "la fin du communisme municipal", il s’agissait bien, au-delà du nombre de villes perdues, de sanctionner la fin d’une forme d’autorité politique fondée sur une certaine cohésion sociale, aussi mythique qu’elle ait été. Certes cette évolution renvoie en premier lieu à la crise industrielle des années 70 et 80, ainsi qu’à une certaine perte d’évidence de l’identité ouvrière. Mais on ne saurait en conclure mécaniquement que cette configuration sociale et politique est désormais totalement périmée sous tous ses aspects, ni que la "normalisation" de la banlieue rouge est devenue inéluctable. La classe ouvrière n’a pas disparu, ni les enjeux liés à la constitution de bastions d’émancipation dans les territoires regroupant les couches les plus pauvres de la société.

Il est donc nécessaire de compléter le tableau, en prenant en compte certains aspects culturels comme les transformations des rapports au travail, voire au pouvoir politique, ou les limites intrinsèques du modèle idéologique de la banlieue rouge, qui font que le personnel politique communiste s’est le plus souvent révélé incapable d’apporter des réponses à des questions devenues de plus en plus importantes en banlieue, telles la question de l’immigration ou celle de la misère écologique. C’est dans cette perspective qu’il faut interroger les évolutions politiques possibles de ces territoires. De nombreuses forces politiques se disputent ce terrain politique en jachère, en particulier la droite et l’extrême-droite qui tentent de récupérer les classes populaires autour des thèmes du racisme ou de la peur sécuritaire. L’électorat des banlieues va-t-il devenir éternellement volatile, exprimant son désarroi au gré de multiples vagues de "vote de protestation" ? Qui va réussir à stabiliser cet électorat en lui donnant une perspective politique progressiste, comme l’avait fait le PC pendant plus de 50 ans ?

Vers une recomposition à gauche ?

La fin du communisme municipal ne signifie pas forcément d’ailleurs que les hommes changent. On assiste de fait à un certain éclatement des anciens communistes, lié au vide idéologique dans lequel le PC est tombé suite à la chute du Mur de Berlin, mais dont les racines remontent plus loin, et qui voit se combiner des stratégies parfois contradictoires, entre la fraction qui prône une retour pur et dur aux traditions des années 50, les apparatchiks qui raconteront tout et son contraire pour rester au pouvoir, ou encore les nomenklaturas locales qui se replient sur une sorte de nationalisme communal. De manière générale, les mairies encore liées formellement au PC oscillent entre une reconversion sociale-démocrate du même type que celle qu’a connu le PC en Italie ou dans certains pays de l’Est, un populisme de gauche qui fait que certaines d’entre elles sont les premières à donner dans le discours sécuritaire, ou encore une combinaison "à la russe" entre libéralisme économique et traditions politiques staliniennes.

Les municipalités communistes n’ont d’ailleurs tenu au cours des dernières années que parce qu’il n’y avait pas d’autre alternative visible que la droite ou l’extrême-droite. La montée du Front National dans les années 80 et 90 laissait soit la droite en situation de profiter de triangulaire pour prendre des mairies au PC (notamment dans les Hauts-de-Seine), soit (lorsque la droite était faible), permettait au PC de se maintenir après des duels de second tour avec le Front National. L’incapacité à concevoir une alternative progressiste au système communiste s’expliquait en bonne partie par la faiblesse rémanente du Parti Socialiste et son incapacité à sortir de sa dépendance pour inventer une nouvelle offre politique. De fait, ce n’est pas seulement le PC, mais tout ce type de bloc politique qui est en crise : les problèmes rencontrés par les conseillers municipaux écologistes et associatifs entrés dans les majorités plurielles en 1995 n’ont pas été foncièrement différentes dans les villes à maire communiste et dans celles à maire socialiste, et la moitié de ces expériences, sur le département de la Seine-Saint-Denis, s’est traduite par des listes autonomes lors des dernières élections, avec très peu de cas de fusion entre les deux tours. L’alternative a le plus souvent dû se construire à l’extérieur, voire contre les blocs PC-PS.

C’est dans ce paysage politique qu’a émergée, lors des dernières élections municipales de mars 2001, la possibilité d’une alternative passant par une recomposition à gauche, à travers des configurations originales (listes écolo-associatives, fédération de l’opposition de gauche par les Verts dès le premier tour ou au deuxième tour par le jeu des reports, alliance entre dissidents PC, écologistes et associatifs comme à Romainville), et avec parfois des victoires à la clef (L’Ile-Saint-Denis, Les Mureaux). Il ne s’agit évidemment pas d’une évolution inéluctable, cette alternative politique restant encore précaire et fragmentaire, et surtout s’inscrivant dans un contexte de très forte abstention et d’incertitude sur l’évolution du positionnement des Verts au niveau national. Toutefois, la possibilité existe désormais, pour la première fois depuis longtemps, d’un autre futur pour la banlieue que la reconduite obligée des hommes en place ou le passage à droite.

Cette recomposition à gauche correspond à une réalité plurielle, loin d’être réductible aux seuls Verts. Mais ceux-ci ont, pour diverses raisons (faiblesse structurelle du PS, un certain capital de sympathie dans la société française encore accentué dans les banlieues en raison de l’acuité de la crise écologique), une responsabilité particulière pour construire des alliances constructives et permettre de renforcer cette alternative. Le progrès général des listes Vertes lors des élections, y compris dans des zones très populaires où elles étaient traditionnellement faibles, représente une base intéressante pour cette construction, et ce même si des scores de prestige de 15-20%, sur fond d’abstention généralisée, sont loin de représenter encore une alternative viable et crédible au système communiste.

Cette place (relativement) privilégiée des écologistes doit bien sûr être rapportée aux différentes thématiques sur lesquelles ils ont été le plus présents au cours des dernières années (logement et cadre de vie, désastres écologiques, immigration, etc.), et qui peuvent sembler les plus en phase avec les problèmes qui se posent en banlieue. Mais, là encore, il serait réducteur d’y voir de manière unilatérale une sorte de changement de paradigme, du rouge au vert, d’une configuration politique centrée sur les relations de travail à une autre centrée sur le cadre de vie. Les problématiques portées par les Verts sont-elles vraiment nouvelles ? De fait, la fin du système communiste qui s’est structuré dans l’après-guerre ne doit pas faire oublier ses origines historiques, qui ont peut-être sous bien des aspects plus à voir avec ce qui passe aujourd’hui autour des mouvances associatives et écologistes qu’avec les pratiques des dirigeants en place. Dans une ville comme Montreuil, le Parti Communiste est arrivé au pouvoir en 1935 sur la base du mouvement des groupes d’intérêt de quartier, des associations d’habitants qui travaillaient sur les questions de chômage, de logement ou sur les problèmes sanitaires, c’est-à-dire précisément sur ce qu’on appellerait maintenant les questions de "cadre de vie", qui sont de fait consubstantielles à la banlieue. On peut dire que les périodes de fort chômage, comme les années 30 ou la période actuelle, où les gens sont moins dans un rapport de cité-dortoir, favorisent la prise en compte de ces questions. Au-delà du constat de la dégénérescence du communisme municipal, il faut donc aussi essayer de comprendre les raisons de son échec historique, afin d’endosser une partie de l’héritage du mouvement populaire et des formes d’émancipation dont il était porteur.

Grandeur de la banlieue rouge, décadence du communisme municipal

Le problème est que le PC, d’un point de vue stratégique, s’est progressivement enfermé dans une vision de type "travailliste", liée au modèle du salariat industriel, qui l’a amené dans l’après-guerre à ce que l’on a appelé le compromis historique gaullisto-communiste. On pensait qu’il fallait des emplois à tout prix, et les salaires qui vont avec, et que c’était cela qui allait élever le bien-être de la population, au détriment du fonds de solidarité et d’entraide qui faisait aussi la richesse sociale de ces zones. En un sens, à ce moment, la banlieue rouge s’est totalement livrée au productivisme et à la société de consommation, et les mairies PC se sont trouvées complètement démunies face à la crise industrielle, qui a ébranlé sa base sociologique et idéologique. La fraction supérieure de la classe ouvrière, celle précisément sur laquelle le PC appuyait son pouvoir, a pu accéder aux nouveaux standards de consommation. Certains sont devenus employés dans le commerce ou les services, et culturellement leurs aspirations correspondent plus désormais à celles des classes moyennes (une maison, une voiture, une télévision) qu’à celles du reste de la population ouvrière, notamment immigrée, qui elle s’est paupérisée. On le voit avec le personnel communal d’une ville comme Aubervilliers : les employés, qui ont été à l’origine plus ou moins cooptés par le PC, ont profité de la première occasion pour quitter la ville et aller habiter en grande couronne ou à Paris.

La population ouvrière qui est restée s’est profondément modifiée socialement et culturellement. En particulier, l’immigration y tient une place beaucoup plus grande, et par tradition, le PC a beaucoup de mal à encadrer une classe ouvrière immigrée. De plus, les rapports au travail de cette population ont énormément bougé, ce qui a fait éclater le cadre "travaillliste" sur lequel s’était construit le pouvoir communiste. Dans bien des cas, celui-ci ne sait plus répondre aux besoins de cette population et se contente, sous prétexte de "mixité sociale", de faire venir de nouvelles activités tertiaires en espérant que les plus pauvres pourront profiter d’une partie des petits boulots qui en résulteront et que ces activités attireront des couches sociales supérieures qui "tireront toute la ville vers le haut". Parallèlement, le tissu urbain d’entraide sociale et de petites activités économiques qui permettait à cette population de subsister est totalement négligé, voire consciemment détruit. Les projets urbains portés par les villes communistes sont révélateurs de ce grand écart idéologique : on a vu par exemple le stand de la section communiste d’Aubervilliers, lors de la dernière Fête de L’Humanité, entièrement dédié à la promotion d’un projet de centre commercial au bord du périphérique...

Les mutations sociologiques et culturelles se sont diffusées partout, y compris dans les quartiers les plus pauvres : il y a eu par exemple une explosion du nombre d’étudiants en banlieue, qui se répercute aussi dans les cités. Ces différences de niveau et de capital culturel des populations ont fait que les modes d’encadrement des municipalités communistes, depuis la crèche jusqu’au tombeau, ne fonctionnaient plus. Toutefois, ce mode d’encadrement comportait, outre une dimension de soumission, de réelles pratiques de solidarité, des initiatives d’accompagnement des gens sur des questions sociales, culturelles, sportives. Ce travail considérable a permis au PC de s’enraciner pendant 50 ans dans les banlieues, d’enraciner une certaine capacité de la classe ouvrière à faire face à ses difficultés par une culture créative dans les domaines sociaux, éducatifs, culturels, etc. Ainsi, il a montré que la solidarité était véritablement un ciment positif. Mais il a progressivement négligé cet aspect, pour le limiter finalement à une fonction de reproduction du système et des relations de pouvoir.

Les linéaments d’une alternative

C’est avec cette notion de solidarité que certains groupes écolo-alternativo-associatifs de banlieue ont su renouer dans leurs pratiques politiques. On constate d’ailleurs un certain nombre de similitudes fortes entre les trajectoires et les stratégies qu’ils ont développées : sortie plus ou moins volontaire des majorités d’union de la gauche, tentative de construction d’une alternative politique par la mise en œuvre d’une double stratégie, d’une part de contestation et de revendication, y compris en portant la contradiction au Parti Communiste sur le plan idéologique (en soulignant par exemple qu’ils devraient être les premiers à dénoncer les emplois précaires et les concentrations commerciales amenés par leurs projets urbains), et d’autre part de construction d’alternatives concrètes sur le terrain, en ne se contentant pas d’une position d’attente par rapport au pouvoir politique. Se situer dans une perspective pratique de renforcement d’un pouvoir social est donc une condition nécessaire pour constituer une alternative crédible et viable au communisme municipal : l’opportunisme et les multiples récupérations des dirigeants communistes ont créé un tel discrédit qu’il n’est plus possible de gagner seulement sur des idées. Cela implique également une stratégie d’ouverture et de construction d’alliances au-delà des étiquettes idéologiques trop souvent mises en avant dans ces communes : on retrouve d’ailleurs très souvent un doublon entre d’un côté le groupe Vert proprement dit et de l’autre une association écolo-alternative qui brasse plus large, avec des gens qui nationalement ne sont pas forcément d’accord avec les Verts mais qui localement sont assez proches d’eux.

Ce travail militant suppose, sur le plan théorique, de bien avoir à l’esprit que la richesse aujourd’hui ne réside pas exclusivement dans l’argent : il y a une nouvelle richesse sociale qui existe - même dans une société capitaliste - qui est la base de la sortie de la misère des banlieues. Cette richesse sociale vient de l’extraordinaire capacité créative de la masse des gens, des relations que les gens établissent entre eux. Cela a des implications très fortes sur les pratiques politiques à mettre en œuvre, de manière à articuler culture de la protestation et culture de la construction, comme le montre cette histoire racontée par Michel Bourgain, le nouveau maire écologiste de L’Ile-Saint-Denis :

"Dans le combat, par exemple un enfant qui est écrasé parce qu’il n’y a pas de feu rouge et que les voitures vont à toute vitesse, évidemment on proteste parce que c’est inadmissible que nos enfants soient tirés comme des lapins par les automobilistes et que personne ne se soit jamais préoccupé de mettre un feu rouge. On demande qu’il y ait un feu et si le feu n’est pas mis, on n’est pas abattu et on ne renonce pas : on le crée nous-mêmes, sous la forme que l’on peut, à savoir des grands panneaux de ralentissement de vitesse. Cette construction de l’alternative n’est peut-être pas à la hauteur de la rationalité actuelle, mais elle est plus riche à divers points de vue : parce qu’au fond elle a presque autant d’effet pour faire ralentir les voitures qu’un feu rouge, qu’elle a permis de mettre en relation le menuisier, le peintre, les gens qui ont fait la quête pour aller chercher l’argent. Ces panneaux, c’est de la construction populaire, qui a permis de faire une manifestation, une fête et de retisser du lien social à l’occasion de cet événement, et dans la création de lien social on a pris conscience que l’on avait la capacité finalement de faire face. De faire face à quoi ? A l’indigence de la municipalité communiste et son incapacité à répondre à une question comme celle-là, parce que le PC est complètement dans la rationalité dominante, à savoir : "nous n’avons pas d’argent, nous sommes pauvres". C’est vrai, ils sont pauvres financièrement, mais ils ne savent pas qu’ils sont assis sur un tas d’or qui est la richesse sociale, qui est dormante, qui est potentielle, mais nous avons la conviction que c’est notre rôle en tant que militants écologistes de la faire surgir, et cela ne peut se faire que dans l’action."

"De cette manière, on peut trouver des réponses à des questions très compliquées, parce qu’on fait marcher la tête des gens de la communauté. Là où la concurrence appauvrit l’intelligence, la coopération l’enrichit. Chacun d’entre nous est la croisée d’un grand nombre de cercles d’appartenance, d’histoires, et si l’on arrive à connecter toute cette complexité là, on trouvera des réponses qui ne seront peut-être pas sur le plan matériel au même niveau que ce que le productivisme nous apporte, mais qui sur le plan de la richesse relationnelle et donc du bien-être et de notre capacité à améliorer la vie sur la planète seront supérieures."

C’est toute cette richesse que les municipalités communistes, prisonnières à la fois de leur logique financière et de leur pratiques politiques autoritaires et centralisatrices, ne réussiront jamais à consolider. C’est sur cette base, à partir du moment où un travail local se met en place, met en valeur les gens et leur potentiel productif et créatif, que l’on peut susciter de l’espoir et donc proposer une alternative au PC. Enfermé dans sa vision travailliste, celui-ci néglige toute conception de la richesse qui ne passerait pas par le salariat en oubliant que, historiquement, le savoir ouvrier est créateur de richesse, et qu’il va toujours de pair avec un détournement de l’appareil productif. Aujourd’hui, avec le déclin de l’usine et de l’industrie, c’est dans la société civile, les associations, dans une certaine forme d’économie de proximité, que les gens vont mettre ce savoir en valeur. Et donc trouver des réponses à des problèmes qui se posent quotidiennement et souvent de manière tout à fait dramatique. C’est à partir du moment où l’on fait un travail différent sur le terrain, et où l’on est capable de capitaliser toute cette richesse, que l’on arrive à produire une rupture et à arriver aux commandes des municipalités, comme à L’Ile-Saint-Denis [1].

Transformer la culture du pouvoir

C’est à cette aune qu’il faut relire l’essoufflement progressif des pratiques de solidarité sur lesquelles s’était construit le système communiste. Le pouvoir municipal doit être conçu dans la continuité de cette richesse et de ce pouvoir social, et non de manière séparée, voire en opposition. La "culture citoyenne" doit se prolonger dans la "culture administrative", ce qui signifie aussi que l’arrivée au pouvoir ne marque pas, contrairement à un certain mythe entretenu par les communistes, la fin de la lutte. En effet, la construction de la solidarité concrète était toujours articulée à la promesse d’un avenir radieux, avec un imaginaire centré sur le travail tout à fait prégnant, l’arrivée du communisme au pouvoir devant apporter l’abondance. C’est une des raisons pour lesquelles les systèmes communistes ont eu de grosses difficultés pour transmettre l’héritage des générations qui avaient lutté et étaient arrivées au pouvoir. Les nouvelles générations formées au sein du système communiste n’arrivaient pas à s’approprier l’expérience des luttes et la culture de solidarité, et s’installaient dans la médiocrité et la gestion.

Simultanément à la diffusion de l’Etat-providence, la constitution, au cours de l’après-guerre, d’un certain type de bureaucratie et de clientélisme dans les villes tenues par le Parti Communiste, n’est pas sans rapport avec la crise des "services publics" dans les banlieues. Elle pose la question de ce qui était un fondement théorique du mouvement ouvrier, l’idée de conquérir l’Etat pour le faire dépérir. On a bien vu au contraire qu’il a été encore renforcé.
Cette notion de dépérissement de l’Etat doit être réactualisée, repensée : elle n’est pas sans rapport avec celle de "démocratie participative" et renvoie à des stratégies de rénovation et de renouvellement des appareils municipaux que 50 ans de système communiste ont laissé en héritage. Cela a des implications fortes sur la manière d’aborder l’arrivée aux commandes des municipalités ou de participer à des majorités municipales. A L’Ile-Saint-Denis, malgré tout le travail préparatoire qui a amené la mouvance écolo-associative au pouvoir, se pose un problème de coexistence et de transition, entre la reconnaissance de la nouvelle culture en gestation et la domination de l’ancienne culture. La logique "bureau des pleurs" restant très prégnante, il s’agit de transformer la mairie en bureau des initiatives, mettre en valeur la créativité des gens. Il s’agit donc de transformer les pratiques professionnelles du personnel communal en place, habitué à faire "à la place" des gens, et non avec eux. Il faut aussi passer de la culture de la hiérarchie à la culture du réseau, en rapprochant le dire et le faire, par exemple par une territorialisation des services, qui doivent travailler avec les habitants et les conseils de quartiers. Rénovation de l’action publique et promotion de la démocratie locale doivent être les deux faces d’une même médaille, aucune ne pouvant fonctionner de manière efficace et légitime sans l’autre.

Synthèse rédigée par Olivier Petitjean,
à partir des interventions des participants.


[1L’histoire de l’association "ébullition" et des multiples initiatives qu’elle a développées sur L’Ile-Saint-Denis depuis 1988 (chantiers de vacances de jeunes, restauration des berges de Seine, permanence de chômeurs, d’alphabétisation, entreprises d’insertion par l’économique, institut d’écologie en milieu urbain, rachat d’une friche industrielle de 1400 mètres carré pour y loger un pôle de développement durable) sans aucune aide de la municipalité est retracée dans le livre de Barbara Grinberg : Ebullition, portrait d’une association, éditions du Toit, 2001. L’une des nombreuses ramifications de l’association est L’Ile Vivante, groupe politique arrivé au pouvoir dans la ville suite aux dernières municipales.


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