Volem rien foutre al païs

Exploration ambiguë mais sympathique des alternatives au travail
dimanche 15 avril 2007
par  Georgio Makekazzo
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Ancien journaliste de télévision, Pierre Carles est passé au grand écran en 1998, avec son documentaire Pas vu, pas pris, qui traitait de l’autocensure régnant au sommet des rédactions des chaînes françaises quant aux accointances – toujours d’actualité… – des dirigeants des médias de masse avec les élites partisanes et gouvernementales. Ce penchant pour la critique sociale et politique l’a conduit à s’intéresser, dans ses films suivants, à deux personnages qui ont, chacun à leur manière, entrepris de démonter les mécanismes du pouvoir symbolique : feu le sociologue Pierre Bourdieu, d’une part, et le journaliste de France 5 Daniel Schneiderman, d’autre part. Cela donna lieu, pour l’un, à un hommage pédagogique (La sociologie est un sport de combat), et, pour l’autre, à un portrait décapant (Enfin pris).
Enfin, toujours dans une veine pamphlétaire et avec le même style décalé pince-sans-rire, Carles s’est attaqué au salariat et à la société de consommation dans ce qui apparaît comme un diptyque, co-réalisé avec Christophe Coello et Stéphane Goxe, et dont le second volet, Volem rien foutre al païs, vient de sortir en salles.
En 2003, Attention danger : Travail, donnait la parole à des “chômeur/se-s épanoui-e-s” sorti-e-s volontairement du marché du travail pour ne plus occuper des emplois précaires – démarche que l’inénarrable Claude Allègre, interviewé dans les allées de l’Université d’été du MEDEF de 2002, taxait, dans le film, d’un lapidaire : “C’est idiot. Totalement ! ”.
Alors que la/e spectateur/rice, prêt-e à considérer avec davantage de bienveillance que l’ancien ministre socialiste un tel affranchissement par rapport à l’aliénation capitaliste, pouvait rester sur sa faim quant à la question des conditions de vie quotidienne que cela impliquait, elle/il trouve finalement des esquisses de réponses dans Volem rien foutre al païs.
Une palette hétéroclite de pratiques alternatives y est, en effet, mise à l’honneur : vol à l’étalage (et défilé de mode avec le butin), réquisitions de logements inoccupés, autosuffisance énergétique, construction en paille, moteur à eau, et, bien sûr, toilettes sèches ! Celles/ceux qui les vivent et les théorisent ont le loisir de s’en expliquer, mais rien n’est, malheureusement, fait pour les mettre en cohérence entre elles, ni en questionner les logiques comme se plaît pourtant à le faire Carles lorsqu’il s’adresse de manière faussement candide et réellement provocatrice à un Denis Kessler, un Michel Rocard ou une Michèle Alliot-Marie.
Néanmoins, comme toujours dans ses films, et conformément à la devise de L’An 01 de Gébé auquel il rend hommage, on réfléchit et c’est pas triste.

Georgio Makekazzo


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