Fête improvisée dans appart’ à louer

mercredi 8 avril 2009
par  Karima Delli et Manuel Domergue
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Vous en avez plus qu’assez de passer des heures à faire la queue pour visiter des taudis à des prix exorbitants ? Vous ne supportez plus de devoir "sous-sous-louer" un studio miteux parce que vos parents ne sont pas millionnaires en CDI ? Votre proprio devient odieux, parce qu ’il sait que vous ne pouvez pas partir ? Réagissez avec bonne humeur et avec des ami-e-s c Après avoir un peu préparé votre coup, allez faire la fête bruyamment dans ces apparts que vous ne pourrez pas louer, de toute façon, ça fait du bien et ça peut être utile.

C’est le conseil de "Jeudi noir", la bande des joyeux fêtards de la crise du logement, qui rappelle que, en matière de loyers, les jeunes subissent, depuis quelques années, un véritable bizutage social. Les moins de vingt-cinq ans dépensent quatre fois plus d ’argent pour leur location que leurs aînés. Ce sont les loyers des jeunes, totalement dérégulés quand il s’agit d’un nouveau bail, qui, pendant dix ans, ont financé la bulle immobilière et qui ont participé à cette immense redistribution des richesses à l’envers. A priori, ce n’est pas le genre de constat qui s’arrose.

Jeudi noir : collectif des galériens du logement

C’est pourtant ce que font les membres du collectif Jeudi noir, créé en octobre 2006, notamment par des militants de "Génération précaire" (collectif de jeunes employés et stagiaires au rabais), en référence au jour du krach de 1929, mais également au jour de parution de l’hebdomadaire Particulier à particulier, qui propose des annonces de logement. Ils ont décidé de s’infiltrer dans des visites collectives d’appartements aux loyers jugés exorbitants. Révoltés de subir la pression des prix de l’immobilier, abandonnés par les politiques et les syndicats à la loi du marché, les jeunes galériens du logement ont décidé de passer par la case médiatique pour interpeller les pouvoirs publics. Et pour ce faire, si l’on veut éviter le misérabilisme, quoi de mieux que de faire la fête ?

Première phase : dans le journal gratuit bien connu des jeunes en recherche de logement (par exemple, le Particulier à Particulier), les militants cherchent – sans difficulté, hélas – les annonces les plus scandaleuses. Le studio de neuf mètres carrés dans le 17e arrondissement de Paris à 470 euros, inaccessible aux petits salaires mais aussi sans une caution ultra sécurisée, sera une cible parfaite. On pourra aussi choisir un lieu plus grand, aux conditions tout aussi excessives. Dans la capitale ou ailleurs, il sera facile de dénicher un journal réputé pour ses services rendus aux propriétaires. Il s’agit ensuite de repérer les annonces crédibles (beaucoup d’agences bidon, attention !). Enfin, il faut décrocher la visite ! Leïla, étudiante en histoire, se fait passer pour Pauline, ingénieur en informatique gagnant 2 800 euros net par mois, avec des parents-garants propriétaires n’ayant aucun souci financier.

Bulle contre bulle : mousseux contre spéculation !

La technique est bien rodée. Le jour de la visite collective, Leïla et Manu partent en éclaireurs jouer la comédie du couple en recherche d’appartement. En attendant leur coup de fil signalant le top départ, tout le monde attend au coin de la rue. Si vous avez bien travaillé en amont, les caméras et les journalistes sont aussi nombreux que les militants et les copains à faire le pied de grue. Le signal est donné ! C’est la ruée dans l’escalier et trois étages plus tard, le collectif débarque, avec musique (à donf’) "It Is So Crazy !", armé de bouteilles de mousseux, de flûtes en plastique dans les mains, confettis et autres accessoires colorés et déglingués. Les plus loufoques des déguisements peuvent aussi apporter un décalage, qui se révèle parfois bien utile pour éviter d ’avoir à bousculer le chargé de visite (proprio ou employé d ’agence). Une fois à l ’intérieur, les galériens boivent à leurs déboires et trinquent "à la bulle immobilière qui va éclater". Ils dansent entassés les uns sur les autres – dans 9m2 – et s ’extasient : "Comme c’est grand ! Et puis c ’est lumineux ! Et pas cher !", "On le prend ! On le prend !". La scène peut durer de quelques minutes à quelques heures, selon l ’ambiance, le degré d ’effarement du propriétaire ou selon la présence de journalistes, voire la présence d ’autres galériens de la visite dans le couloir, qui se joindraient à vous.

On l’aura compris, l’efficacité de l’action tient surtout à la capacité de la médiatiser – avant et surtout après coup – pour mettre en lumière l’aberration de la course aux logements chers et de la précarité qui en découle. Ce comportement à contretemps subvertit une relation ordinairement déséquilibrée entre un proprio tout puissant et des locataires en compétition les uns contre les autres. La confrontation entre vrais-faux locataires et vrai marchand de sommeil incarne – face caméra (apporter une caméra est conseillé) – un conflit habituellement larvé. Et donne à voir que, quand les bizuts se rebiffent, en attendant les effets des subprimes, la bulle immobilière est en danger !

Karima Delli et Manuel Domergue, membres de Jeudi noir


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