Toi aussi tu veux « sauver les riches » ?

samedi 23 mai 2009
par  Manuel Domergue
popularité : 3%

Les charrettes de licenciements traumatisent
des régions entières, l’insécurité
sociale se généralise, la planète est en
ruines. Et au milieu quelques millionnaires
se partagent encore leurs bonus,
vaguement honteux, à moitié fiers d’eux
mais incapables de s’autolimiter. Faut-il
continuer à laisser s’enfoncer dans
l’indécence toute une classe sociale,
minoritaire certes, mais tout aussi digne
de sollicitude ? Non. Le collectif
“Sauvons les riches" vient au secours
d’individus à la dérive qui, par leur
course à la consommation sans frein,
mènent la planète au bord du gouffre.
Nous avons l’ambition de sauver les
riches d’eux-mêmes. Les drames et le
ridicule de la famille Grimaldi prouvent
que la richesse sans limite rend non
seulement laid et pathétique, mais
également malheureux.

D’ordinaire pourtant, les riches sont
admirés, jalousés, voire détestés. La
belle affaire… Le collectif "Sauvons les
riches" a décidé de les plaindre. Et ça, ils
détestent ! En effet, le riche n’aime rien
tant que s’apitoyer sur ses frères
humains du bas de l’échelle, quitte à faire
un petit geste si nécessaire pour redorer
son blason, surtout si c’est déductible
des impôts. Mais si cette vision misérabiliste
se retourne contre lui et sa pauvre
vie d’accumulation sans fin clinquante et
pathétique, le riche l’a mauvaise.

Pour l’approcher, il convient donc de
s’armer de matériel médical propre à
soigner une grave addiction à l’argent :
blouses blanches, stéthoscopes… Le
générique de la série Dallas, dont
l’univers impitoyable est bien connu,
accompagnera la démarche du collectif
pour rythmer ses rencontres. Le kit de
survie, dont l’acceptation par le malade
constituera la première étape de la cure,
doit être adapté à la pathologie. Une
montre à sept euros pour Jacques
Séguéla qui s’apercevra que l’heure ainsi
indiquée n’en est pas moins fiable. Un
livre Sois stage et tais-toi pour le fils
Sarkozy (Jean) afin de lui rappeler que la
plupart des jeunes de 22 ans ne trônent
pas au conseil général mais se font
bizuter dans des boîtes de comm’ sans
scrupule pour 300 euros par mois. Bref,
tout ce qui peut ramener sur terre et
montrer qu’une consommation responsable
et sobre est souvent bien plus
épanouissante qu’une consommation
ostentatoire et polluante. La cure est un
succès quand le riche approuve la revendication
de bon sens du collectif :
plafonner les revenus à 30 fois le revenu
médian (soit 44 000 euros par mois en
France).

Avertissement : le registre de la médicalisation
de l’adversaire est à manier avec
précaution, et donc avec humour. On
vous fait confiance.

Riches à la lumière

Pour l’humour, le mieux est d’ailleurs
toujours de s’en prendre à des clowns.
Les sauveurs de riches, pour se lancer
dans l’aventure, doivent profiter de la
lumière dont sont ointes leurs cibles
prestigieuses. Elle attire les médias et
permet de cibler personnellement un
riche en fonction des goûts de chacun.
Ainsi, le bronzage de Jacques Séguéla
dénote une exposition prolongée à la
lumière médiatique qui en fait un patient
de choix. Surtout, l’étude attentive des
origines de la richesse du patient permet
d’illustrer la phrase d’Honoré de Balzac
qui écrivait sans pitié que "derrière toute
grande fortune, il y a un crime". En
l’occurrence, Séguéla n’est pas
seulement coupable de slogans stupides
et de retournements de veste successifs adossés à une industrie publicitaire
totalement inutile. Il est surtout un
conseiller –onéreux – des pires dictateurs
africains (Bongo, Biya et Eyadéma), et sur
ce sujet a un peu plus de mal à garder son
sourire de circonstance.

Riches dans l’ombre

Mais le sauveur de riches doit porter à la
connaissance du grand public la réalité
de la classe des 0,1% de Français qui
vivent avec plus de 40 000 euros par
mois, et qui ne sont pas tous particulièrement
connus – tant le riche de base aime
la discrétion. Allons donc le dénicher
dans ses espaces protégés : hôtels particuliers,
allés privatisées, restaurants
luxueux, courses de yachts, héliports,
aéroports privés… Et organisons la
rencontre entre deux mondes qui s’ignorent.
Le découpage de sandwichs au pâté
dans le grand restau du coin sera du plus
bel effet. N’hésitez pas à partager avec
les clients. La réaction du riche de base
est parfois riche en surprise, comme
lorsque les membres du Rotary Club ont
jeté des miettes de pain aux militants
avant de les jeter dehors au cri de :
"Cassez-vous, bande de cons !". Dans ce
cas-là, quelque chose me dit que le
collectif a gagné la bataille de l’opinion.
Du contraste extrême ne peut naître
qu’un profond sentiment de ridicule au
sein de l’upper class. Et si eux sont trop
déconnectés pour s’en rendre compte,
amenez des journalistes qui s’en feront
l’écho…

AG du Cac 40 : une saison en enfer

Enfin, les riches se réunissent régulièrement,
chaque année au printemps, dans
les assemblées générales de leur petite
entreprise familiale, où ils invitent
quelques milliers de petits porteurs pour
faire la claque. Le problème, c’est que,
quand la direction de la boîte a failli et
s’est distribué tout de même bonus et
stock options à gogo, les AG peuvent se
transformer en très mauvais moment à
passer, tant les managers rechignent à
rendre des comptes. Dans ce cas, les
sauveurs de riches se doivent d’acheter
une poignée d’action quelques jours
auparavant auprès de leur banque, pour
pouvoir subvertir l’aréopage de l’intérieur.
Une fois sur place, le but du jeu est
de se répartir dans la salle pour fomenter
la révolte des petits actionnaires, en
huant le satisfecit de la direction. Si vous
êtes pressé, un bon vieux lancer de
pantoufle sur l’énarque à la tête de la
boîte (comme l’incroyable Pérol, promu
par l’Élysée à la tête de Natixis) est
toujours le bienvenu. Évitez les pantoufles
avec des semelles solides, les
pantouflards sont des êtres sensibles et
pas toujours aussi agiles que George W.
Bush dans l’évitement de savate.


Pour en savoir plus, affiner ses arguments
et préparer l’action, voir le site :
www.sauvonslesriches.lu


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