Hélène Flautre : une voix pour les droits de l’Homme

samedi 23 mai 2009
par  Hélène Flautre
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Hélène Flautre, eurodéputée Vert est présidente de la sous-commission des droits de l’Homme. Très engagée sur les questions de migrations (à Calais, dans sa circonscription, notamment), elle fait partie de ces élu-es qui arpentent le monde pour dénoncer les atteintes à la dignité et aux droits fondamentaux que l’Europe doit dénoncer et mieux combattre.

Elle faisait partie de la délégation du Parlement européen qui avait réussi à entrer dans Gaza et elle fut une des rares à réussir à parler de la situation en direct sur les ondes, lors de la dernière opération armée d’Israël dans les territoires. Pour illustrer son travail et son engagement, des extraits de ses interventions récentes au Parlement européen.

Mercredi 1er avril 2009, Bruxelles

Naufrages de migrants près des côtes libyennes

– Monsieur le Président, qui étaient-ils ? Combien étaient-ils ? D’où venaient-ils ? Y avait-il des enfants, des femmes, des réfugiés ? Des garde-côtes ont-ils entravé la route des bateaux ? Des pêcheurs ontils passé leur chemin ?

Autant de questions sans réponses. Le bilan humain du drame n’est pas connu, mais ils sont des centaines à avoir péri, à avoir rejoint les milliers de migrants morts noyés dans la Méditerranée.

Ayons la décence – et nous l’avons ce soir – de ne pas accuser la météo. Des centaines de migrants ont pris le chemin de l’exil dans des conditions inhumaines et hautement périlleuses. Pourquoi ? Parce qu’ils fuient des régions dévastées, parce que les voies moins dangereuses leur sont fermées et parce qu’ils n’ont pas renoncé à espérer de la vie.

Oui, ce sont bien les dispositifs de lutte contre l’immigration qui poussent les migrants à emprunter des routes toujours plus risquées pour fuir la désolation de leurs pays, qui est en cause. N’est-ce pas l’annonce, dans les jours à venir, de patrouilles communes à l’Italie et à la Libye, qui a précipité ces dernières semaines les embarcations vers l’Europe ?

Oui, l’obsession de l’Europe, arc-boutée sur ses frontières et déterminée à faire porter le poids de sa gestion à des pays tiers liberticides, est meurtrière. Le "tout sécuritaire", les patrouilles et les fils de fer barbelé ne viendront pas à bout de leur volonté de fuir.

Alors, la question est la suivante : l’Europe est-elle prête à assumer les conséquences d’un tel choix ? Elle ne l’est pas, et c’est pourquoi je demande à la Commission et aux États membres :

– premièrement, de tout mettre en œuvre pour localiser et, éventuellement, secourir les personnes disparues en mer, et d’enquêter sur les circonstances de ce naufrage ;

– deuxièmement, de réaffirmer le droit maritime international qui fait obligation de prêter assistance à toute personne en détresse, alors que les sept pêcheurs tunisiens sont toujours en procès ;

– troisièmement, de stopper toute négociation sur les questions migratoires avec les pays qui ne présentent aucune garantie de respect des droits humains ;

– quatrièmement, de respecter le droit de tout être humain de quitter tout pays et de demander protection internationale dans tout pays. Vous avez raison, les personnes disparues en mer ne sont pas des migrants illégaux ;

– cinquièmement, de mettre fin à une politique des visas restrictive, souvent arbitraire et injuste ;

– enfin, de passer au crible du développement humain, dans les pays tiers, toutes les politiques de l’Union, de la prédation des ressources minières au dumping agricole, en passant par les accords de libre-échange, le commerce des armes ou encore la coopération complaisante avec les autocrates.

Mercredi 14 janvier 2009, Strasbourg Situation au Moyen-Orient/Gaza

Monsieur le Président, à Gaza, nous avons vu la guerre, nous avons vu la mort, mais nous avons vu des gens, des gens vivants, des gens qui ont le droit de vivre et que nous avons le devoir de protéger. La protection de la population civile, c’est ça l’urgence absolue. Et rien ne peut excuser que tout ne soit pas mis en oeuvre pour protéger cette population et je vous le demande, Monsieur le représentant du Conseil, est-ce que vous avez le sentiment, aujourd’hui, d’avoir tout mis en œuvre pour obtenir des autorités israéliennes l’arrêt immédiat de cette opération militaire indiscriminée et disproportionnée ? Certainement pas.

Quand les rumeurs de l’opération couraient dans les ambassades le Conseil, contre le Parlement, réaffirmait sa détermination à rehausser le niveau de ses relations. Tragique erreur ! Quand les ONG demandent au Conseil de sécurité (ONU) de saisir la Cour pénale internationale pour instruire la présomption des crimes de guerre, le Conseil est incapable de mobiliser la clause "droits de l’Homme" de son accord avec Israël.

J’en ai marre d’entendre que nous ne pouvons pas faire mieux, que nous sommes au maximum de nos efforts. C’est en fait l’impasse de votre politique essentiellement humanitaire pour pallier les dégâts de l’occupation militaire et de la guerre, qui est au maximum de son échec. Jusqu’où devrons-nous aller dans les violations du droit international pour faire appliquer la clause "droits de l’homme" ? Si nous ne sommes pas capables, aujourd’hui, de nous interroger sur la portée des mécanismes efficaces de pression et de mise en œuvre, je ne sais pas réellement quelle situation justifiera qu’enfin on agisse. Et je vous le dis tout net : si le "business as usual" continue et perdure dans nos relations avec Israël, avec les mille morts de Gaza, vous enterrez l’article 11 du Traité, vous enterrez la politique "droits de l’Homme" de l’Union et vous enterrez le projet européen !