Projet d’aéroport au nord de Nantes. C’est quoi c’tarmac ?

Collectif Sudav, éditions No pasaran, 2011, 10 euros, 164 pages.
lundi 1er août 2011
par  Pierre Thiesset
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A l’occasion d’un Grenelle de l’environnement tonitruant, Jean-Louis Borloo annonçait que la construction d’aéroports et d’autoroutes supplémentaires serait abandonnée. Mensonge : l’État s’entête dans sa politique du tout béton, malgré l’endettement massif, l’urgence climatique et la pénurie énergétique en cours. La génération au pouvoir, baignée dans les Trente glorieuses, déroule tête baissée et œillères sur les côtés les grandes infrastructures de transports.

A Notre-Dame-des-Landes, le projet d’aéroport a fait son apparition au milieu des années 60. Ses partisans adeptes de la langue de bois ne parlent pas de création, mais de transfert : il s’agit de déplacer l’aéroport de Nantes et toutes ses nuisances (bruit, risque d’accidents) au lieu de les supprimer. Ce déménagement permettrait de libérer des terres constructibles dans la capitale de la Loire-Atlantique.

C’est quoi c’tarmac démonte un à un les faibles arguments des promoteurs du projet. Ceux-ci croient que le trafic aérien continuera à augmenter dans les prochaines années, malgré la raréfaction du pétrole. Ils veulent faire de Notre-Dame-des-Landes un carrefour aérien qui accueillerait des lignes internationales, délesterait les aéroports parisiens et "désenclaverait" l’ouest de la France, une région si sinistrée... Avec, à la clé, le plein emploi, la croissance, le progrès, le développement, le bonheur pour tous. Le mégalo Jean-Marc Ayrault, député maire de Nantes et président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, rêve de grandeur : "Notre ambition est de devenir une métropole de dimension européenne. L’une des conditions en est l’accessibilité. Le TGV y a contribué, mais l’avion demeure essentiel pour le déplacement des acteurs économiques, des chercheurs, l’accès aux marchés, le développement de l’export, encore un peu faible dans la région, et le tourisme, secteur d’activité important." (p. 33)

Et tant pis pour cette zone d’élevage préservée, ces prairies humides, ce bocage épargné par le remembrement. Tant pis pour les bouseux qui vivent de la terre. "Dégage, on aménage", comme le titraient Jean De Legge et Roger Leguen dans leur livre paru en 1976 (éditions Le Cercle d’or).

Mais malgré les promesses euphoriques des bétonneurs forcenés, une forte opposition apparaît dès 1972. Paysans en tête, eux qui défendent leur outil de travail. "On ne troquera pas la terre contre une vision du monde envahie par le profit, le béton, le mépris de ceux qui seraient les indigènes, et l’aveuglement organisé." (p. 6) Ce sont bel et bien deux projets de société antagonistes qui s’opposent. Avec l’aéroport, "outil ruineux au service des plus puissants", Jean-Marc Ayrault et consorts (PS et UMP main dans la main) courtisent les entreprises et les classes consommatrices les plus aisées. Ils veulent accélérer les flux de personnes, de marchandises, de capitaux, en osant s’abriter derrière un label "haute qualité environnementale". Face au flot de communication sur papier glacé qui martèle la pensée unique, les opposants remettent en cause cette idéologie du mouvement et de la croissance. Partisans d’une écologie antiproductiviste, ils refusent la destruction de 2.000 hectares de terres agricoles, veulent empêcher la construction d’autoroutes, ponts, parkings qui borderaient les pistes d’atterrissage. "Tout un tapis rouge déroulé pour la voiture individuelle et la consommation pétrolière." (p. 10)

"Le combat contre le nouvel aéroport n’est donc pas un simple combat pour la sauvegarde des terres cultivables, d’un bocage et d’une agriculture locale. C’est la revendication d’un autre type de développement." (p. 90) A l’ultralibéralisme de Jean-Marc Ayrault, qui ne voit aucun inconvénient à ce que les fonds publics alimentent les profits de Vinci et des compagnies low cost qui bafouent le droit du travail, les opposants préfèrent une vie conviviale, solidaire, une économie relocalisée et une agriculture paysanne.

La lutte menée dans ce bocage est exemplaire. Elle rappelle la glorieuse opposition au camp militaire du Larzac [1]. Les auteurs du collectif Sudav, après avoir montré l’inutilité de cet « ayraultport », retracent quarante années de résistance. Manifestations à pied, en vélo, en tracteurs, diffusion d’une contre-information par des tracts, journaux, débats, occupations de fermes et de maisons vouées à la destruction, défrichage et création de jardins collectifs, blocages des routes et des opérations préalables au chantier, pétitions, entartages, intrusion dans des réunions, camp action climat, détournement d’affiches... Très inventifs, les manifestants sont portés vers l’action directe et ne se résignent pas à la soumission. Malgré le fichage, la répression policière et la criminalisation (des amendes et des peines de prison avec sursis ont déjà été infligées).

Pour seulement 10 euros, C’est quoi c’tarmac est un livre indispensable pour s’informer sur l’une des batailles écologiques les plus importantes de ces cinquante dernières années.


[1Patrick Piro, « Notre-Dame-des-Landes, le nouveau Larzac », Politis n° 1161, 14 juillet 2011


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