La pensée écolo de droite s’institutionnalise

mardi 17 mai 2005
par  Bruno Villalba
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Historiquement, l’écologie a été influencée par une vision "de droite", c’est-à-dire adaptée à une vision ordonnée des rapports entre l’homme et la nature, et souhaitant conserver la richesse naturelle (notamment du paysage) pour valoriser le patrimoine. Le souci de l’ordre social produit l’image d’une nature conforme à cet ordre. L’écologie politique (de gauche...) peine encore à reconnaître cet héritage. Longtemps ignorée, puis rejetée à gauche, l’écologie devient désormais un axe programmatique important dans les partis de droite. Que nous enseigne cette conversion sur l’écologie elle-même ? Désormais, explique Bruno Villalba, d’EcoRev’, il faut compter avec une écologie de droite, qui ne se façonne pas sur une pratique militante, mais œuvre au sein des institutions de l’Etat.

"A coup sûr, l’écologie politique n’est pas le fruit naturel d’une seule famille de pensée, la gauche" Dominique Bourg [1]

En mai 2001, Jacques Chirac prononce un discours à Orléans (Loiret) qui synthétise sa conception de l’écologie (il le rappellera en janvier 2003). Sur la base d’un constat écologique préoccupant (l’enjeu de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi les récentes marées noires, la diffusion "incontrôlée" des organismes génétiquement modifiés ou la crise de la vache folle), il invite à développer une "écologie humaniste". Elle permettrait de réinterroger nos rapports avec l’environnement (en matière de dépendance énergétique -allant même jusqu’à proposer l’ouverture d’un débat sur le nucléaire !), au niveau national comme planétaire... Car l’écologie humaniste entend se démarquer des courants écologistes existants. Elle se veut "créative, pragmatique, imaginative" et souhaite "conjuguer le développement et le respect de l’environnement". Cette déclaration d’intention, généreuse, entend affirmer la volonté du chef de l’Etat - mais aussi du chef du principal parti de la majorité - que l’écologie est désormais une priorité d’action, et surtout, un axe de compréhension des rapports politiques, au niveau national comme international. Ces déclarations sont maintes fois répétées, mais elles vont aussi crescendo (avec comme pic d’intensité la déclaration faite à Johannesburg : "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l’admettre. (...) La Terre et l’humanité sont en péril et nous en sommes tous responsables. (...) Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas ! Prenons garde que le XXIe siècle ne devienne pas, pour les générations futures, celui d’un crime de l’humanité contre la vie.".
Une telle conception pourrait faire sourire plus d’un militant écolo blasé par ce type de déclaration... Sauf qu’il est difficile de trouver un équivalent dans les discours présidentiels antérieurs ; pas plus qu’on ne trouvera de telles déclarations dans les chefs de partis des formations de droite. En assumant de porter à un tel niveau de responsabilité institutionnel, en lui associant la force symbolique de sa fonction, le chef de l’Etat débarrasse définitivement la droite d’un silence constant autour de cette question. Il la décomplexe, en lui permettant de se mesurer aux forces de progrès, qui n’ont comme seul bilan réel que l’ancrage à leur côté du représentant le plus en vue de l’écologie politique. Ce discours marque-t-il une évolution significative des mouvements politiques de droite ? Nous sommes loin d’une appropriation opportuniste et politicienne. L’écologie vue de droite permet une nouvelle alliance entre les bases historiques (ordre, tradition, conservation...) des droites (conservatrices, réactionnaires, libérales) et les nouvelles questions sociales (risques, irréversibilités, globalités...).

Une nouvelle alliance

L’ensemble des partis se saisit de l’écologie essentiellement comme une contrainte de plus en plus pressante à laquelle ils tentent d’apporter des réponses très partielles. Mais il nous semble que la droite en fait un usage plus cohérent dans la réorganisation de sa construction identitaire et politique.

Historiquement, la droite française s’est livrée à des tentatives de récupération discontinue, sans être, jusqu’au début des années 2000, parvenue à élaborer une ligne d’action cohérente dans ce domaine [2]. Les préoccupations électoralistes à court terme ont souvent dominé ces stratégies de récupération, sans toutefois produire un effort intellectuel important pour comprendre l’importance de ce paradigme écologique. La situation n’est plus la même. Bien sûr la conversion des élites dirigeantes des formations de droite n’est pas encore une donnée politique. Mais est-elle nécessaire ? Ce qui importe, c’est davantage le travail de sédimentation réalisé, qui a permis une lente incorporation de la thématique écologique au sein d’un corpus théorique préexistant.

Cette perception est largement suffisante pour construire une articulation cohérente et opérationnelle entre une philosophie politique traditionnelle et un nouvel item. Le flou de la définition n’est en rien inquiétant... L’usage de l’écologie n’a aucune prétention théorique : elle permet par son imprécision même de réaffirmer l’importance des structures théoriques qui permettent son utilisation actuelle. Ce qui compte, en utilisant cette notion, c’est de témoigner de l’importance des valeurs originelles qui ont été bafouées ; réaffirmer la force de ces idées permettra de compenser les crises les plus graves de notre environnement. Au-delà des atteintes portées à l’environnement, l’usage de l’écologie permet de s’interroger sur les inquiétudes, la perte de repères, l’affaiblissement des valeurs, et même le risque de perte de l’identité... L’écologie est une clé de compréhension à laquelle on n’attribue pas de valeur spécifique, mais qui devient essentielle comme principe de réexplication de nos rapports au monde, et de nos rapports communautaires. En mobilisant cette thématique, on peut ainsi remodeler une perception morale du monde ; certains des segments antérieurs de cette perception étaient devenus trop faibles. L’écologie devient un nouveau médiateur des valeurs morales, un moyen qui permet de réaffirmer l’importance de certaines valeurs fondamentales traditionnelles (comme le sentiment de sa propre finitude, ou du lien sacré entre l’homme et la nature comme en témoigne le livre d’Hélène et Jean Bastaire [3]).

Dès lors, nul besoin d’entrer dans de vastes et complexes débats théoriques pour définir ce que doit être cette écologie de droite : qu’elle ne soit qu’un simple instrument pour réaffirmer des valeurs traditionnelles suffit amplement à sa mission, et participe pleinement à un travail d’appropriation par un camp politique occupé à reconstruire son offre idéologique. Ainsi, il ne peut plus y avoir d’incompatibilités fondamentales entre la culture de droite et la question écologique. Serge Lepeltier peut ainsi tranquillement montrer la parfaite cohésion politique et économique qui existe entre la mondialisation et l’écologie [4].
Enfin, une telle perception permet de renforcer l’individualisation du rapport à l’environnement. En élaborant une telle représentation de l’écologie, on renforce les dispositions individuelles à traduire la crise écologique, par exemple, en relation individualisée. Elle permet ainsi de construire une appréciation affective de l’état écologique. Il n’est donc pas étonnant qu’on puisse trouver un consensus général autour de cette préoccupation : elle est essentiellement incorporée à une représentation personnelle et morale du monde. En demeurant cantonnée à l’espace limité des préoccupations personnelles, elle ne peut que peiner à s’affirmer comme un motif suffisant et structurant de la mobilisation collective.

L’écologie vue de droite : une vision réduite mais efficace ?

On objectera facilement qu’il s’agit là d’une vision réduite, largement dénaturée de l’écologie, autour de sa composante environnementale, essentiellement autour de l’idée d’une conservation patrimoniale des richesses naturelles. Cela traduit une affection, généreuse et générale, pour la nature, au sens rousseauiste du terme. Et alors ? S’il fallait à la droite traditionnelle élaborer un cadre théorique plus étoffé de l’écologie, elle pourrait facilement puiser dans l’important travail idéologique de redéfinition, orchestrée par Alain de Benoist par exemple (voir encardré p. 17). Il importe de réaliser qu’en l’état actuel des rapports de force politique, et surtout dans les prédispositions normatives qui structurent notre rapport politique à l’écologie - à droite bien sûr, mais aussi à gauche -, cette vision réduite est suffisante et opératoire.
Elle est suffisante, car la traduction normative et légale se construit sur une telle vision. La conception du développement durable est construite sur l’axe de la conservation de l’environnement. La crise écologique est perçue à travers les limites d’autoépuration des écosystèmes naturels, mais en oubliant trop souvent que les inégalités écologiques viennent amplifier et se surajouter aux inégalités sociales. Dès lors, le souci de l’environnement n’a pas à être associé à une critique de la finalité du progrès (les écologistes ne sont pas unanimes sur cette question de la remise en cause du progrès...) et encore moins à une dénonciation de la logique de la croissance économique. Rappelons pourtant que cette vision est en partie partagée par certaines composantes de la gauche [5]. Mais, sur un plan stratégique, ce positionnement permet de dissocier l’écologie d’une vision réformatrice. Cela permet d’affirmer que l’écologie échappe à une appropriation exclusive par un camp politique (la figure tutélaire du Président, au-dessus des partis et factions, orchestrant ainsi une partition qui fait de l’écologie un tempo lent...). Cela marque un travail important de dépolitisation de cette notion (au sens où, prenant une dimension d’intérêt national, elle échappe à une catégorisation politicienne), en l’arrimant à une vision consensuelle... Cette stratégie n’est pas éloignée de la perception commune de l’écologie. Ce consensus écologique concerne désormais de larges fractions de la population ; désormais, tout le monde reconnaît l’importance de cette thématique, et entend que cette priorité fasse partie du mode d’emploi de chaque programme politique. Cette appropriation à minima de l’écologie n’est pas propre à ces courants de droite ; on assiste à la même convergence de divers champs (littéraire, culturel, journalistique, philosophique), qui reprennent le même discours larmoyant, sans en tirer de conséquences sur leurs priorités idéologiques.

Cette vision est ensuite opératoire. Les solutions préconisées pour mettre fin à l’incendie planétaire témoignent de cet usage performatif de l’écologie. Prenons le cas de l’écologie industrielle. Ce projet consiste à transformer de fond en comble le système industriel et technique qui s’est mis en place progressivement depuis deux siècles, en procédant à une réorganisation générale des systèmes productifs et en créant une synergie des innovations techniques, tout en développant de nouveaux partenariats entre les acteurs économiques et politiques. Faut-il s’étonner que Jacques Chirac préface un livre consacré à cette question [6] ? La solution de l’écologie industrielle, comme le montrent clairement Franck-Dominique Vivien et Henri Jorda [7], réactive le principe de l’ingénierie industrielle et écologique qui supprime "tous les antagonismes (sociaux, politiques) en supprimant le premier d’entre eux, entre l’homme et la nature, puisqu’elle prend la nature pour modèle et la respecte en tant que telle, quitte à la transformer, à en faire un artefact" (p. 302). Le modèle libéral, sous-jacent à ce projet de l’écologie industrielle, réaffirme sa foi dans le marché et l’autoréglementation, ainsi que sa confiance immodérée en l’innovation technologique comme facteur d’innovation sociale et politique. Dans ce cas, l’écologie est utilisée comme outil de construction d’un libéralisme pragmatique (Jouvenel ne critique-t-il pas les conséquences du libéralisme excessif sur les libertés individuelles [8] ?).
Précisons qu’elle est aussi opératoire au sens électoraliste du terme. Cette conception suffit à entraîner un comportement électoral pro-écologiste secondaire, faisant de l’écologie un complément idéologique de tout bon programme électoral qui se respecte... Cela témoigne d’une vision partagée du monde qu’il est nécessaire de mobiliser si l’on veut être un candidat sérieux, soucieux des priorités du moment...

Une vision institutionnalisée

On peut se contenter de dénoncer une telle perception, largement soumise à des impératifs techniques et à une appréciation personnelle, déconnectée des grands enjeux sociaux dont témoignent les crises environnementales. Pendant que nous nous évertuons à dire ce que devrait être une vraie écologie, les acteurs institutionnels - ici, ceux de droite - progressent dans le travail de codification de l’écologie. Les discours du Président illustrent parfaitement ce travail d’appropriation sélective de la pensée écologiste. L’intérêt grandissant d’un J. Chirac pour cette question ne ne doit pas être sous-estimé, pas plus qu’elle ne doit être perçue comme une banale stratégie de récupération électorale. L’enjeu est tout autre : il se situe au niveau du travail d’institutionnalisation - c’est-à-dire de son inscription dans les procédures décisionnelles contraignantes collectives - qu’il est en train d’opérer en tant que chef de l’Etat, mais aussi comme chef de la majorité (celui qui entend contraindre ses partenaires politiques à adopter les argumentaires acceptables dans les coalitions gouvernementales [9] ).

L’analyse de cette institutionnalisation peut nous amener à objectiver le mécanisme de standardisation en œuvre actuellement autour de l’écologie. Cette procédure - complexe et multiforme - de l’institutionnalisation aboutit à la constitution d’une vision particulière de l’écologie - celle qui est acceptable par les acteurs décisionnels, qui permet de confirmer le bien-fondé de son background théorique, qui n’entraîne pas une réorganisation de son modèle d’explication du monde, mais au contraire vient confirmer sa propre cohérence intellectuelle.
La multiplication des discours du Chef de l’Etat participe à l’élaboration d’un savoir militant qui vient légitimer l’usage de cette notion et contribue à en définir les standards d’utilisation. Tout cela construit les règles d’énonciation, d’illustration, les registres de l’émotion qu’il faut utiliser ; ainsi s’élaborent, progressivement les critères légitimes de son utilisation. Car, ici, nous sommes bien face à des acteurs qui disposent du pouvoir de délimiter une conception acceptable de l’écologie.
La diffusion de cette vision de l’écologie à travers les réseaux militants des partis de droite participe à un travail de mise en cohérence institutionnelle. Celui-ci résulte d’une construction des savoirs efficace (ce qu’est ou n’est pas "l’écologie humaniste"), d’une professionnalisation des usages politiques de cette notion (renforcement de ses usages techniciens au détriment d’une vision paradigmatique de ce concept). Ainsi, un mouvement comme Cap 21, animé par Corinne Lepage [10] montre qu’une vision libérale de l’organisation des rapports économiques peut et doit inclure les préoccupations centrales liées aux dysfonctionnements écologiques. Cap 21 contribue à produire un discours de réforme de l’Etat, des politiques publiques, de la gouvernance, etc. Cela semble rejoindre les discours en faveur de la démocratie participative. Mais la vision de Cap 21 conforte une vision technocratique de l’écologie, qui réduit trop souvent la question participative à une dimension procédurale, sinon judiciaire. On peut estimer qu’une telle stratégie conforte la position des libéraux qui tentent de reconvertir le productivisme en limitant ses nuisances, ou en permettant de différer sur le court terme des impacts de ces nuisances, notamment par l’élaboration de solutions techniques innovantes.

La vision politique de l’écologie qui se construit actuellement participe à une institutionnalisation pragmatique de cette question. Ce qui compte désormais, c’est inclure cette thématique dans les projets de développement en prenant en compte les contraintes environnementales, et en souhaitant, autant que cela puisse se faire, concilier les impératifs de l’efficacité économique et de la préservation de la valeur patrimoniale de l’environnement. Pour la droite, "l’écologie est une composante essentielle de tout projet politique", mais elle n’est pas le cœur et l’axe dynamique de ce projet... Les prérogatives du Ministère de l’écologie et du développement durable se conçoivent à travers cette perspective d’une ingénierie écologique renouvelée, mais soumise aux contraintes de l’efficacité économique. On peut y voir une volonté de rationaliser la production et la marchandisation de l’environnement (à travers la recherche du juste prix etc.). La position d’un ministre de l’écologie et du développement durable vis-à-vis de la voiture est emblématique : pour Serge Lepeltier, la voiture reste au cœur du dispositif de déplacement, non seulement parce qu’elle représente le symbole de la liberté, mais parce qu’elle ne sera plus, selon lui, facteur de pollutions ; la voiture va devenir "propre" : électrique, hybride, peu importe. La solution sera donnée par la technologie, alliée naturelle, dans cette vision, de l’économie de marché - adaptation, innovation, consommation...
Le pouvoir politique, concentré pour le moment au sein des partis de droite, permet un important travail de légitimation de cette vision ; par exemple, donner une dimension constitutionnelle à l’environnement, c’est attribuer une valeur juridique à une certaine conception de l’environnement, et par conséquent en définir ses usages. Que nous n’assistions pas à une conversion massive des élites dirigeantes à une vision plus politique et moins naturaliste de l’écologie n’a, finalement, que peu d’importance dans l’immédiat. Ce qui compte désormais, c’est que la droite peut associer à un discours écologiste des dispositifs légaux contraignants qui viennent officialiser sa vision, et en faire un socle de références qui obligera tout autre écologiste à se définir par rapport à elles. Parce que cette vision de droite contribue à délimiter son espace politique. Parce que cette vision de droite élabore une standardisation de cette représentation de l’écologie.

Une dépolitisation facilitée par les silences de l’écologie...

Interroger ce qu’est une écologie de droite, c’est, par effet miroir, tenter de mieux définir ce qu’est une écologie de gauche. On peut facilement montrer qu’en ce domaine, les frontières sont loin d’être étanches, que les programmes se répondent, que les exemples sont interchangeables - et parfois même les hommes, à l’occasion d’échanges de clientèles ou de postes (voir les parcours d’anciens militants et responsables de l’écologie des années 70, évoluant au gré des offres électorales [11]). La croyance partagée en l’avenir technologique, le mythe de la croissance durable, etc. n’appartiennent pas exclusivement à la droite ; mais, sans doute, l’incapacité de prendre en compte la dimension anthropogène - produit par les activités humaines - des crises écologiques, est plus présente dans les forces de droite.

Bien sûr, l’absence de définition doctrinale et programmatique pèse sur le devenir politique de l’écologie politique. Elle explique, en partie, sa difficulté à réagir efficacement aux stratégies de récupération qu’elle subit régulièrement. Sur le plan théorique, l’écologie demeure un espace décomposé en trois principaux courants : un courant néo-traditionnaliste (passéiste et conservateur), un courant libertaire et un courant réformiste. Cela dépasse les illusions d’une séparation stricte entre une écologie profonde (incarnée par la deep ecology) ou une écologie réaliste (défendue par certains intellectuels, comme Luc Ferry). Elle peut rassembler sous un même nom le réactionnaire traditionaliste (cf. A. de Benoist) et le gauchiste libertaire...
Le travail de labellisation (écologie de droite, de gauche, etc) est nécessaire afin d’amplifier la réflexion théorique sur le sens de cette notion et sa force politique, et a l’avantage de limiter les confusions électorales [12].
L’écologie politique, que l’on pourrait qualifier avec un rien d’auto-dérision, d’historique, se fonde sur une critique fondamentale de la société industrielle et de ses aspects productivistes (notamment dans ses dérives consuméristes) et de l’atomisation des rapports sociaux qu’elle produit. L’écologie politique est une pensée globale qui remonte aux causes, qui n’entend pas dissocier une réflexion critique de l’état de la qualité de la vie quotidienne d’une analyse des causes sociales, industrielles, économiques qui lui sont préexistantes. Le travail de codification de l’écologie qui s’opère sous nos yeux contribue à nier ces interactions. On peut critiquer les impasses politiques, les non-choix, ou les inerties qu’engendre une telle conception ; en cas d’alternance politique - en faisant l’hypothèse optimiste d’une classe politique qui se serait réellement convertie à l’écologie - il faudra encore pas mal de temps pour transformer cette représentation politique...

Bruno Villalba


[1Préface, p. XIX, Bertrand de Jouvenel, 2002, Arcadie. Essais sur le mieux-vivre, Gallimard, coll. Tel

[2Guillaume Sainteny, 1999, "La droite française et l’écologisme", Commentaire, n°84.

[3Hélène et Jean Bastaire, 2004, Pour une écologie chrétienne, Cerf.

[4Serge Lepeltier, 2004, Mondialisation : une chance pour l’environnement ?, Paris, Sénat.

[5Jean Jacob, 1999, Histoire de l’écologie politique, Albin Michel.

[6Dominique Bourg et Suren Erkman (dir.), 2003, Perspectives on Industrial Ecology, Greenleaf publishing.

[72005, "L’écologie industrielle, une stratégie pour le développement durable ?", in Maréchal J.-P. (dir.), Le développement durable, une perspective pour le XXIe siècle, Rennes, PUR.

[8Bertrand de Jouvenel, 2002, Arcadie. Essais sur le mieux-vivre, Gallimard, coll. Tel, p. 287.

[9Dès sa création, l’UMP affiche l’écologie comme une valeur clé de son programme ; l’UMP a même créé un Conseil du développement durable, dont l’objectif est de diffuser "la culture écologique à l’ensemble des militants". Voir dans ce dossier l’entretien avec P. Hernu.

[10Ancien ministre de l’environnement sous Juppé (1995-1997), fonde Cap 21 en 1996, comme un club de réflexion politique, qui se transforme en parti en juin 2000. Candidate à l’élection présidentielle de 2002, alliée à l’UDF aux régionales de 2004. Ce courant se caractérise par une capacité à animer des réseaux - Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le Génie Génétique, Observatoire de vigilance et d’alerte écologique - et à promouvoir une vision de l’écologie centrée sur la question environnementale. Ce mouvement s’appuie sur une grande expertise scientifique et une instrumentalisation du droit comme vecteur des transformations écologiques.

[11Brice Lalonde, candidat écologiste indépendant en 1981, puis ministre de l’environnement sous Rocard, fonde Génération écologie, rompt avec les socialistes en 1994, rejoint l’UDF, flirte avec Madelin avant de tenter une entrée à l’UMP...

[12N’oublions pas la facilité avec laquelle des formations à peine constituées viennent marcher sur les plates-bandes des Verts - cf. les Manovelli, GE, MEI...


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